Chère Fabuleuse aidante.
Voilà maintenant 3 semaines que la période estivale est terminée. Les couleurs d’automne émergent doucement. Avec la canicule, certains arbres et certains sols ont été brûlés par un soleil trop violent. La présence du rouge, de l’orangé et du jaune donne maintenant de l’unité au paysage. C’est le signal que le cycle de la nature continue son rythme et que notre corps va aussi s’adapter petit à petit aux nouvelles conditions de vie.
Ces nouvelles conditions vont de pairs avec ce qu’on appelle la « reprise ».
La reprise de la scolarité si tu es maman et que tu as des enfants dans un système de prise en charge au rythme scolaire.
La reprise des activités, car le plus souvent les inscriptions se font en septembre.
La reprise d’un rythme plus régulier après l’été où tout est ralenti et où les soignants qui accompagnent notre aidé sont moins disponibles.
La reprise de tes habitudes aussi.
Dans ce mot de « reprise » il y a « reprendre », prendre à nouveau.
Ma question est :
Quelle habitude vas-tu choisir de reprendre (parce qu’elle est bonne pour toi et pour ton aidé) dans un quotidien qui n’a peut-être pas changé par rapport à ce qui se passait avant l’été ?
Quelle habitude vas-tu laisser car tu n’es pas obligé de tout reprendre ?
Une réflexion s’impose parfois pour repartir sur de bonnes bases et se servir de l’expérience de l’année passée.
Je te propose plusieurs pistes inspirées des différentes utilisations du mot « reprise ».
En musique, la reprise d’une chanson est un morceau musical déjà existant, chanté d’une autre manière. Même parole, même air mais des arrangements différents, un autre tempo, d’autres instruments, une nouvelle voix.
Pour nous aidantes, les paroles du morceau sont les mêmes. Ton aidé est le même, sa pathologie ou son handicap sont toujours là. Ton budget financier n’a peut-être pas évolué, ton logement ne s’est pas agrandi, le médecin référent a toujours les mêmes horaires de travail et la même approche tout comme les autres soignants. Tu sais que ce sont des choses que tu ne peux pas changer.
Quels arrangements pourrais-tu effectué pour que le tempo soit plus en accord avec ce que tu veux entendre cette année ?
Voici quelques exemples qui donnent une nouvelle cadence à tes journées.
Cette année par exemple, j’ai choisi de faire un de mes trajets quotidiens en marchant moins vite. Il me prend donc une à deux minutes de plus. Ce n’est pas un gros changement. J’ai cependant trouvé un gros bénéfice à marcher à mon rythme : je quitte le mode « pressée » ou « automatique », je prends le temps de sentir mes pas quand je marche, de respirer plus profondément ou d’être attentive à mon entourage. Cela me demande parfois un effort car j’ai tendance à ne pas vouloir « perdre » de temps. Cette présence à moi incite mon flot de pensées à ralentir et ainsi, je lâche prise plus facilement sur certains sujets.
J’ai expérimenté que je pouvais avoir cette prise sur mon quotidien : choisir de changer de rythme sur un temps court. C’est peut-être une chose que tu pourrais toi aussi mettre en place, si tu penses c’est bon pour toi.
Pour revenir à la métaphore de la musique, tu peux aussi ajouter un nouvel instrument qui apportera de la douceur ou du peps à la musique originelle. Ce peut-être une nouvelle saveur de thé que tu vas humer et savourer, le choix de mettre de la musique pour te faire du bien ou de t’asseoir pour un repas au lieu de le prendre debout dans la cuisine ? Ce sont de petites choses qui contribuent à te rappeler que tu existes dans le tourbillon qu’est peut-être ta vie d’aidante.
Tu peux aussi ajouter une nouvelle voix dans ta chanson et en faire sortir une. Pour ma part ce sera de bannir l’écran après le dîner et de prendre un livre à la place. Je sais que c’est bénéfique pour moi. J’ai donc pris un abonnement à la bibliothèque pour ne pas avoir à prétexter que je n’ai rien à lire ! C’est une petite victoire personnelle.
Après la musique, la couture est un autre domaine dans lequel on parle de reprise.
La reprise d’un vêtement est le fait de le raccommoder en passant, repassant et croisant des fils existants afin de lui donner une certaine solidité.
De quelle solidité as-tu besoin chère aidante ? Quels fils existants peux-tu utiliser pour réparer ce qui a été cassé en toi l’année dernière ? Il faut pour cela identifier ce qui a été trop difficile.
Je pense ici à l’épuisement, au manque de patience, à l’isolement, à la culpabilité ou à l’anxiété qui parfois prennent trop de place et font que notre tissu a besoin d’être réparé.
Tu as en toi des ressources accessibles à utiliser pour repriser le tissu de tes journées. Je t’invite à travailler une piste à la fois : un petit pas posé avec constance sera plus facile à tenir que si tu pars dans plusieurs directions en même temps.
- Le trou de l’épuisement peut être comblé par le fil du « savoir dire parfois non », celui du « je me couche à heure fixe », celui du « je sors marcher chaque jour » ou celui des « micro-pauses dans la journée ».
- Le trou du manque de patience par les mêmes fils (la fatigue révèle rarement le meilleur de nous-même !) auxquels j’ajoute celui de « dire clairement mes limites ».
- Pour celui de l’anxiété je t’invite à tisser les fils de la gratitude pour ce qui existe déjà, avec ceux des exercices de respiration pour calmer ton rythme cardiaque et ainsi permettre à ton corps d’induire à ton cerveau un état de calme. Tu tisses aussi avec le fil des activités sportives ou simplement de la marche en extérieur.
- Le trou de l’isolement se comble pas à pas avec d’autres fils : peut-être celui de l’inscription à une activité ou à un groupe de parole, celui de la demande d’une assistance pour se libérer quelques heures et revoir une amie.
- Le trou de la culpabilité commencera à se résorber avec le choix de ne pas parler à certaines personnes qui t’entretiennent dans des pensées néfastes, des moments d’introspection pour noter (et féliciter) ce que tu fais pour ton aidé ou encore prendre le chemin de l’acceptation que tu n’es pas toute puissante.
Ce n’est pas rien de te rappeler que tu es Fabuleuse chère aidante et que tu peux être fière de tout ce que tu fais pour ton aidé.
Il existe d’autres « reprises ».
En sport par exemple, une reprise indique une nouvelle action avec la possibilité d’avoir retrouvé des forces et de changer de tactique.
Si on continue sur les expressions contenant le mot « reprise », le plus important est que cette reprise ne soit pas la reprise des hostilités qui suit un temps de paix. Que tu puisses ne pas agir « contre » mais « avec ». Avec toi-même et tes qualités. Avec tes limites aussi (j’en ai beaucoup et je pense que tu en as toi aussi peut-être quelques-unes…) : les accepter est aussi un bon défi pour vivre plus paisiblement.
Je t’invite chère Fabuleuse aidante à mettre à profit cette période de reprise pour choisir ce que tu veux reprendre de l’année passée comme bonne habitude et ce que tu veux faire entrer dans ta vie.
Pour ma part je reprends la recherche de gratitudes pour chaque jour et comme je te l’ai dit je trouve une place dans ma journée pour une petite marche à un rythme plus calme et pour la lecture du soir.
Te l’écrire me permet d’acter ce choix et m’engage en quelque sorte vis-à-vis de toi à le faire.
Et toi ? Que choisiras-tu de faire pour la reprise ?
Ecris-le nous, ce sera une façon aussi de t’encourager encore plus à le faire !



