Une porte qui claque et tu te mets en alerte avec un sursaut démesuré ?
Un appel de ton aidé et tu imagines le pire ?
Quelqu’un te frôle et tu t’écartes brutalement, flairant un danger ?
Une réflexion sur un manquement et tu le prends personnellement ?
Peut-être vis-tu en mode « alerte ».
Notre engagement auprès de nos aidés favorise la fatigue et le stress. Il demande de la réactivité et de la vigilance pour la sécurité de ceux qui nous entourent. Le résultat est à long terme, l’installation de cette « alerte » en nous.
Je l’ai connu et je sens qu’elle se réveille quand je me suis laissé envahir par l’empressement, la fatigue ou l’accumulation d’exaspérations non exprimées.
Le mode « alerte » est une forme de qui-vive, de surréaction à une information.
C’est une façon d’être toujours vigilante et réactive au cas où un danger arriverait.
Cette façon d’être se manifeste dans notre corps avec des tensions musculaires : nos épaules par exemple sont relevées et tendues, nos mâchoires peuvent être crispées, notre souffle est court. Nous vivons alors aussi une tension intérieure.
C’est un ressenti inconfortable et source de douleurs pour le corps.
Nous ne nous rendons pas toujours compte de cet état d’alerte. Pour certains, c’est devenu un état habituel, une seconde peau que nous avons endossée depuis des années.
Tout ceci s’est mis en place à notre insu.
Notre état d’aidante demande pour certaines une attention sans cesse renouvelée. Il nous confronte parfois à un avenir anxiogène et des conditions de vie peu sereines.
A force de vivre sous stress notre corps a senti le danger (une menace vitale pour un proche ou pour nous, une peur de l’avenir, un stress ou une colère rentrée). En apprenant un diagnostic, il s’est préparé à se battre, à parer un danger immédiat qui pourrait surgir. Il a concentré ses forces pour faire front devant une situation trop difficile à vivre physiquement ou émotionnellement. Il a la ferme intention de tenir dans la durée.
Ce mode « alerte » est utile quand tu dois réagir vite, tenir un délai ou traverser une crise : le cœur s’accélère, les muscles se tendent, le cerveau se focalise. En cela nous pouvons lui dire merci car il nous a permis de relever bien des défis. Il est cependant conçu pour être temporaire.
Notre corps ne peut en effet vivre continuellement comme cela. Il a besoin de récupération.
Il te le signifie parfois en favorisant l’apparition d’un mal de dos, d’une angine, d’une migraine, d’un mal de ventre ou d’une maladie parfois grave. Ces maux sont bien réels et te rappellent qu’il faut prendre soin de toi. Ton corps est affaibli par la tension et ne peut lutter contre l’infection ou la crispation.
Passer du mode « alerte » au mode « récupération » est vitale pour nous.
Comment faire ?
Pour cela, je t’invite à jouer sur deux axes :
Le premier est de faire baisser la tension qui est en toi.
Tu as plusieurs outils pour cela : faire régulièrement dans ta journée plusieurs respirations, de façon consciente en prenant un temps plus long pour l’expiration. Tu es ainsi amené à relâcher. Tu remarques alors que ton corps peut s’affaisser. Tu peux aussi accentuer le geste en te laissant légèrement tomber, en laissant tes épaules s’abaisser à l’expiration. La pression en toi est en train de diminuer.
La pratique d’une activité physique permet aussi d’évacuer les tensions. J’aime particulièrement aller marcher quand je sens que je suis tendue. Je martèle le sol avec mes pieds, je piétine mes soucis comme on dit parfois.
Taper dans une balle ou un ballon permet pour certaines de décharger. Danser et chanter est aussi très efficace. Parler apporte aussi un soulagement surtout si la personne en face de toi valide tes mots et te comprend.
Le second est d’offrir à ton cerveau des moments de pause.
Tu ne peux le forcer à se détendre. Cela ne se commande pas. Ton corps possède cependant en lui-même la capacité de petit à petit calmer ton mental.
Je t’explique.
Dans l’état « d’alerte » c’est ton système nerveux sympathique qui est activé. Il est là pour te prémunir du danger. Pour sortir de cette hyper-vigilance, ton corps a besoin de l’apaiser en activant le système nerveux parasympathique qui permet à ton corps de remplir ses fonctions (la digestion, le sommeil, la régulation émotionnelle et la présence à soi) et donc de récupérer.
Un des meilleurs moyens pour cela est de choisir de te rendre présente à une sensation pendants plusieurs secondes. Tu n’as pas à aller chercher loin. Il y en a toujours à porter de main, d’oreille, de nez, de bouche ou d’œil.
En lisant ce texte tu peux trouver dans le contact de tes pieds sur le sol, ou la douceur et la température de ta main droite sur ta main gauche une stimulation sensorielle. Tu peux rester avec une dizaine de secondes et y revenir autant de fois qu’il faut si ton mental reprend le dessus.
Cette façon d’être dans la sensation envoie un signal de sécurité à ton système nerveux. Il sait alors que tu es présente et qu’il peut quitter le mode « alerte » quelques instants pour entrer dans une phase de « récupération ». En répétant cela, tu actives ton système parasympathique et fait reculer la fatigue nerveuse.
Décider de quitter ce mode « alerte » peut entrainer beaucoup d’appréhension : si c’est notre mode « par défaut », le corps ne sait plus comment retrouver un mode « récupération ». Il a même oublié que ça existait, que la vie pouvait continuer pour nous sans être sous pression ou tendue.
Parfois, même pendant le sommeil, la sensation d’alerte est là et empêche ton corps de se ressourcer et se réparer pleinement.
Tu te dis peut-être :
« et si je lâche… je vais m’effondrer »,
« et si je baisse la garde… vais-je réussir à reprendre le contrôle ? »,
« et si je pleure… vais-je réussir à arrêter mes larmes »,
« et si j’accepte de la douceur… vais-je perdre le peu de force qu’il me reste ? »
Alors par peur, tu peux préférer rester dans l’alerte.
Rassure-toi, tu n’es pas obligé de lâcher la tension d’un coup.
Tu n’es pas obligé d’ouvrir complètement les vannes de tes yeux du premier coup. Tu peux au début, souffler profondément et laisser échapper quelques larmes en sentant que c’est possible.
En sentant que ça fait du bien à ton corps.
En sentant que tu t’allèges un peu.
Tu peux alors expérimenter que ce n’est pas dangereux pour ton corps, que tu continues à être celle que tu veux être pour celui ou celle que tu aides. Tu es juste moins tendue. Tu sais que tu pourras oser recommencer cette expérience à un autre moment. Et peut-être à un autre encore.
Tu peux juste pendant quelques secondes poser ce qui est trop lourd et savourer à travers une sensation la vie qui, quoiqu’il arrive circule en toi ou qui se présente à toi.
C’est une petite fenêtre de disponibilité que tu ouvres en toi, pour toi.
C’est aussi très simple et discret : tu peux te rendre présente à une sensation dans le bus ou la file d’un supermarché, dans une salle d’attente ou entre deux dossiers à traiter, assise à ton bureau. Toi seule le sait et ton système nerveux te dit merci.
Chère Aidante, comme tu le vois, le problème n’est pas d’être en mode « alerte », c’est de ne pas réussir à en sortir. Tu as des moyens pour le faire en évacuant de la pression et en accordant du répit à ton cerveau quelques instants.
Ce basculement de l’état d’alerte à l’état de récupération peut à force de répétition devenir une habitude… Un bon outil à exploiter : qu’en dis-tu ?



