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JE VEUX VIVRE MA VIE

Blanche Renard 2 juin 2026
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Une Fabuleuse aidante me partageait ceci : « Je ne sais pas si je suis à ma place étant donné que ce que je vis m’a été imposé et ne répond pas à mes aspirations premières ».

Peut-être t’es-tu interrogé toi aussi sur cette problématique. 

En effet, aujourd’hui, chacun cherche « sa place », c’est-à-dire l’endroit, le métier, le statut affectif et relationnel où il s’accomplira et exprimera ses talents pour être enfin heureux.

Cette quête se fait à travers les évènements de la vie, la connaissance que nous avons de nos talents et nos aspirations.

Parfois nous n’avons pas le choix. Pour être fidèle à nous-même, à nos valeurs, à ceux que nous aimons et à nos engagements, nous nous retrouvons aidante. Les évènements de la vie et l’appartenance à notre famille nous ont « obligés » à occuper cette place. En disant « oui » à l’aidance nous avons dit « non » à certains rêves, certaines promotions de travail ou encore à certaines activités. Et pourtant, nous pouvons nous sentir à notre place dans ce contexte.

Comment alors concilier nos aspirations profondes et la réalité de notre quotidien d’aidante ?

Être à sa place consiste à vivre des actions et faire des choix qui reflètent nos valeurs et nos besoins. C’est un lieu ou un état dans lequel chacune de nous est pleinement elle-même et exprime ses compétences et ses talents. Il varie au fil du temps, des évènements et de notre évolution.

Se sentir à sa place est important pour ne pas vivre avec trop de sensations de frustration, d’aigreur ou de doute. 

Si nous ne sommes pas à notre place, un décalage s’installe entre ce à quoi nous aspirons et ce que nous vivons. Nous pouvons nous sentir invisible ou illégitime et être tentée d’imiter les autres sans déployer nos talents propres. Nous pouvons aussi avoir envie d’en faire trop pour être reconnue. 

Chercher uniquement à répondre aux attentes des autres ou au rôle qui nous est attribué par l’extérieur (famille, milieu social, modèles…) nous empêche de trouver notre place.  

Il existe sûrement des lieux où tu te sens à ta place chère aidante. C’est souvent un endroit chargé de souvenirs agréables : un lieu de vacances, de repos, de sécurité ou de ressourcement. Un lieu qui a du sens pour toi comme un lieu spirituel ou un lieu dans lequel tu te sens attendue avec bienveillance. Pour moi, il s’agit d’une maison où j’ai vécu de belles choses et d’une plage au Sud de la Bretagne où j’ai passé des vacances : y revenir (je te parle bien de celle-là précisément, pas de celle d’à côté même si elle est plus belle et plus grande) me donne une joie immense et l’impression de me retrouver.

Nous pouvons aussi nous sentir à notre place dans une activité où nous éprouvons du plaisir et découvrons nos talents. C’est un lieu de réalisation comme le jardinage, le chant, la danse, l’ornithologie ou la sculpture. Ces activités sont nombreuses et je suis certaine qu’il y en a une qui te parle. Si tu peines à la trouver je t’invite à te remémorer ce qui t’apportait de la joie quand tu étais petite. C’est sans doute quelque chose qui te parle encore aujourd’hui.

Notre place peut aussi se trouver dans un lien. C’est le plus souvent un lien d’amour ou d’amitié. Le lien peut aussi être spirituel ou intellectuel. C’est une relation dans laquelle nous nous sentons reconnue et accueillie pour qui nous sommes vraiment. 

Fréquenter un de ces trois domaines (le lieu, l’activité et le lien) engendre chez nous de la paix intérieure, de la joie et l’impression d’être à sa place. Chacun de nous peut y avoir accès.

Par-dessus tout, l’endroit où nous sommes invitées à nous trouver à notre place est notre corps. Cela peut paraître bizarre de dire cela. Il est pour nous le lieu (et oui, nous l’habitons), le lien (il nous connaît par cœur et sait tout de nous) et l’activité (c’est avec lui et par lui que nous agissons) dans lequel nous ressentons que nous sommes à notre juste place. Nous sommes chez nous, avec nous. Nous sommes invitées à être bien dans notre peau.

Ma place est d’être avec moi et non pas étrangère à moi, d’être actrice et non pas spectatrice de ma vie. En effet, je peux avoir le travail de mes rêves, la santé, l’amour, si je suis étrangère à moi-même, je passe à côté de ma vie : le bonheur et l’accomplissement ne sont pas au rendez-vous.

Comment faire pour vivre ainsi, présente à moi-même, actrice de ma vie ?

Pour certaines cela se fait simplement, la question ne se pose pas (et je me réjouis pour elles !).

Pour les autres, il y a un chemin sur lequel chacune de nous peut avancer chaque jour vers elle-même :  reconnaître sa valeur, oser exister, se libérer de fausses croyances sur soi. De nous-même, il y a ce que nous montrons à notre entourage (souvent pour être aimée, acceptée ou considérée), et ce que nous croyons être. Nous pouvons découvrir pas à pas ce que nous ressentons en profondeur sans toujours oser le regarder ou le dire. Cela nous amène à ressentir ce qui est juste pour nous.

Se rencontrer demande du temps (une vie !). Nous sommes ensemble sur ce chemin, chacune à son rythme, avec douceur, confiance et bienveillance. 

Ce processus passe par la connexion à notre corps, par l’écoute de ce qu’il a à me dire sur moi et par la conscience des sensations que mes actions me procurent. C’est une sécurité intérieure que je découvre petit à petit et qui me permet de me sentir à ma place avec moi-même dans une situation qui peut être parfois inconfortable. Parfois je n’y trouve pas de sens. Parfois le sens est là même s’il y aura toujours des frustrations à gérer. 

Vivre connectée à notre corps est la meilleure façon d’être présente à la vie qui se déploie en nous et qui jaillit dans nos actions, nos décisions et nos façons d’être.

  • Cela permet une réelle présence à ce que nous faisons, au lieu où nous nous trouvons. Notre première place c’est être dans notre corps. Cela passe par les sensations. Trouver sa place, c’est aussi la ressentir physiquement : sentir le contact avec le sol, respirer profondément, occuper l’espace avec son corps. Les pratiques corporelles (relaxation, méditation, danse, marche) aident à s’incarner pleinement.
  • L’écoute de notre corps nous parle de nos forces, de nos limites et de nos besoins. Si je ressens de la fatigue, j’ai besoin de me poser. Si je ressens de la lassitude j’ai besoin de retrouver du sens à ce que je fais ou de trouver quelque chose qui me donne de la joie. Si je ressens de la fierté j’ai besoin de le partager. Si je ressens de la joie j’ai besoin de célébrer… Bref, notre corps nous indique comment ajuster notre place à l’instant précis où nous ressentons l’émotion. Très souvent notre corps nous dit quand il faut répondre « non » à une sollicitation. Il dit « stop » à travers des sensations souvent peu agréables.
  • La conscience de mes actions me permet de me sentir exister, d’être actrice de ma vie. Nous pouvons facilement être dans nos pensées en accomplissant les soins que nous prodiguons à notre aidé. Nous pouvons être attentif aux besoins de l’autre tout en préparant une to-do-list. Nous sommes alors là sans être vraiment là. Nous accomplissons ce que nous avons à faire sans être vraiment en lien avec l’autre et avec nous-même. Quand nous agissons en conscience, nous tenons les rênes de nos vies.

On ne devient pas acteur de sa vie, présent à soi du jour au lendemain.

Tout cela s’expérimente. Ce sont des essais, des remises en question, des renoncements, des nouveaux choix. Tu as le droit à de la douceur pour opérer cela, du temps et de la bienveillance.

Parfois écouter les signaux de notre corps nous emmène dans un conflit de loyauté : si j’écoute mon besoin de repos je ne peux plus être présente pour mon parent souffrant ou pour mon conjoint qui a besoin de surveillance. 

Quel moyen puis-je trouver pour me poser quelques minutes et reprendre mon souffle pour « tenir » jusqu’à la fin de la journée ? 

Quelle aide puis-je trouver pour me remplacer pour porter mon enfant qui devient trop lourd à soulever ou pour emmener mon compagnon faire ses dialyses à l’hôpital ?

Où est ma place ? 

Ce n’est peut-être pas ma place rêvée, la situation familiale que je m’apprêtais à vivre. Si je suis reliée à moi-même, je vais pouvoir trouver ce lieu, ce lien ou (et ?) cette activité dans lesquels je suis à ma place. J’y suis bien.

Et pas à pas en habitant sereinement mon corps et en consentant à une réalité que je n’ai pas choisie, je vais pouvoir dire « oui » à cette place auprès de mon aidé et moins la subir. Ma sécurité intérieure est là car la relation la plus importante de nos vies est celle que nous avons avec nous-même et qui nous permet de ne pas passer à côté de notre vie.



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Cet article a été écrit par :
Blanche Renard

Thérapeute formée à la méthode Vittoz, je suis aussi maman de six enfants. Je suis l’aidante de notre dernier : né avec une malformation, il a une maladie chronique. Il est aussi dyspraxique et porteur d’un TSA. Je suis parfois aidante de ma mère. 

Ma mission est de répondre aux mails des Fabuleuses Aidantes ; j’ai à cœur d’écouter, de me laisser toucher et d’encourager chacune dans son quotidien atypique.

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