Nos journées d’aidante sont bien remplies. Elles sont habitées par la présence de ce membre de notre famille devenu (ou né) dépendant de nous.
Quand la journée touche à sa fin nous sommes envahies par différentes attitudes et pensées, conscientes ou inconscientes. Cela colore notre sommeil et donc notre ressourcement.
La fin de journée est une période spéciale que tu habites sans doute de différentes façons.
Ce peut-être :
- Un soulagement : tu es rassurée d’avoir survécu à une journée de plus malgré l’épuisement. Ton aidé te demande beaucoup d’énergie. Tu avances au jour le jour. Tu sais que l’aidance est une course de fond, que tu dois tenir dans la durée. Chaque journée a son lot de défis à relever : la terminer est une victoire
- Une satisfaction : tu as mené à bien certaines tâches. Tu as senti que tu faisais ce que tu avais à faire, en étant à ta place.
- Une gratitude : quel que soit ce que tu as entrepris, il y a de belles choses à célébrer. Tu as fait ce que tu as pu. Tu sais reconnaitre, savourer et donner de la place à ce qui est beau même si ce sont des détails : le sourire de ton aidé à un moment, une complicité de quelques instants, un peu de tendresse reçue ou juste un petit vent frais venu balayer quelques secondes ton visage.
- Une culpabilité : tu ne t’es pas sentie à la hauteur de ce que tu penses que ton aidé ou les autres attendaient peut-être de toi. Tu aimerais donner plus et tu as l’impression de ne jamais en faire assez. Tu ressasses sans doute les réflexions et les demandes de ton entourage qui te mettent la barre trop haute.
- Un agacement : tu n’as pas rayé toute ta to-do-list. Tu as tendance à te dévaloriser ou à être très exigeante avec toi-même.
- Un énervement : les imprévus ont été trop nombreux et les choses ne se sont pas passés comme tu voulais. Tu en veux à ton entourage : ceux sur qui tu comptais et qui ne sont finalement pas fiables, ton aidé qui te demande de plus en plus de disponibilité ou encore tes propres limites qui te rappellent que tu ne peux pas tout faire.
- Un cocktail de toutes ces situations. En effet, des ressentis apparemment contradictoires cohabitent parfois en nous. Du « up », du « down » et parfois même des sensations bien difficiles à identifier. C’est normal.
Tu as peut-être connu tous ces cas de figure en fonction de ta période de vie, de celle de ton aidé, de ton caractère ou de certaines conditions de vie. Parfois c’est aussi en fonction de ton cycle menstruel : nos hormones influent beaucoup sur notre humeur.
Chaque soir est différent.
Que pouvons-nous faire pour terminer notre journée et aller nous ressourcer dans le sommeil en étant plus sereine ?
Le repas du soir est terminé et rangé. Pour celles qui ont des enfants, ces derniers sont couchés. Le temps de travail est fini et notre réserve d’énergie est au plus bas.
Nous savons que nous avons besoin d’aller nous coucher.
(J’ai aussi une pensée pour celle dont l’aidé se réveille la nuit ou leur demande de veiller.)
Il existe des conseils efficaces pour petit à petit apaiser son corps et son mental quand le soir arrive. Nous en avons besoin pour nous endormir : baisser les activités stimulantes, stopper les écrans, atténuer la luminosité, manger léger, mettre en place des rituels…
Je te livre ici une pratique qui a m’a permis de me poser et de faire une transition entre le jour et la nuit. Elle fait partie des rituels. Il s’agit de ce qu’on appelle le journaling. Je t’explique ce que j’ai découvert à travers cette pratique.
J’ai un agenda avec pour chaque jour de l’année, une page à remplir. Il est posé avec un crayon sur ma table de nuit.
Chaque soir j’écris à la date du jour ce que j’ai vécu.
C’est parfois un combat car ça prend un peu de temps et je sens ma flemme de faire quelque chose en plus.
Je sais cependant que depuis que j’ai cette habitude, ma fin de journée et mon début de nuit sont transformés. C’est un peu comme si en me couchant, je retirais ma « blouse d’aidante » comme le font certains soignants en quittant leur lieu de travail. Ce n’est pas magique, c’est un moyen pour prendre soin de moi.
Que se passe-t-il quand nous écrivons ?
- Tout d’abord nous nous posons. Nous retrouvons notre carnet et son crayon et nous nous asseyons (ou nous couchons : je fais cela parfois allongée). C’est une première décélération.
- Pour retracer le fil de ta journée nous sommes obligées de nous mettre à notre écoute : notre mental est parfois bien actif. Faire quelques respirations conscientes permet de se reconnecter à notre corps. L’intention n’est pas de se flageller en regardant ce que nous n’avons pas fait. C’est voir la réalité de notre journée et de ce que nous vivons.
- Puis vient le temps de l’écriture. Pas besoin d’être Victor Hugo. Juste écrire quelques faits, des impressions, des ressentis. Un bon moyen de démêler ce qui nous habite, de comprendre pourquoi une chose nous a paru pénible ou angoissante. L’occasion de revenir sur un moment agréable et de le savourer à nouveau. C’est aussi dire une souffrance et rester quelques secondes avec ses mots. C’est enfin accepter de rester avec soi et de nommer des événements qu’on n’a pas pris le temps de vivre pleinement : « j’ai emmené mon conjoint chez le médecin. Il nous a parlé de pistes à explorer pour lui permettre de moins souffrir : je ressens de l’espoir pour lui, un soulagement et la lassitude d’un énième traitement à mettre en place avec encore des rendez-vous à prendre ». Espoir/ soulagement/ appréhension /peur de la déception : tout cela cohabite et constitue les facettes d’une réalité. L’espoir et le soulagement n’annulent pas l’appréhension et la peur. Je peux savourer les premiers et consentir à la présence des seconds.
- Qu’ai-je fait ce matin ? Parfois je suis bien fatiguée et je dois réfléchir. En désespoir de cause, je peux regarder mon agenda. Tout est cependant écrit dans ma mémoire. Pour la recontacter le meilleur moyen est d’être présente à mon corps pour apaiser mon mental. Si je me souviens, je note ce que j’ai vécu. Je peux choisir de trouver dans une action pénible un petit quelque chose qui a été plus facile, un petit clin d’œil de là-haut qui me donne du courage, de la joie ou m’ouvre la porte de l’humour sur moi-même. Ce que j’écris n’est pas forcément dans l’ordre chronologique. Personne ne le lira, sauf moi.
- Une fois les mots posés sur le papier, la tension peut doucement se dénouer. Notre cerveau y voit plus clair. Si je reste inquiète sur un sujet, je peux l’écrire. Je discerne. Il y a ce qui dépend de moi et que je vais faire demain. Il y a aussi ce qui ne dépend pas de moi et la façon dont je peux essayer de choisir de le vivre. Ce n’est pas magique mais ça a sauvé nombre de mes nuits.
- Écrire une action c’est noté dans notre tête qu’elle est terminée. C’est acter que nous avons fait cette chose jusqu’au bout : l’obtention d’un nouveau document à joindre au dossier MDPH par exemple ou un rendez-vous pris avec un spécialiste. Peut-être juste avoir lavé la vaisselle du jour. Je peux dire que c’est derrière moi et me féliciter de l’avoir fait. La journée est terminée : parfois je me dis que j’ai réussis à survivre à la fatigue qui m’habite. J’ai posé les petits pas que je pouvais poser et je peux être fière de cela. C’est fini. Demain sera un autre jour.
- Ce moment d’écriture est aussi l’occasion de noter une gratitude et de la savourer. La pire des journées nous offre toujours des moments pour contacter la force de la vie : une belle lumière, une ombre bienfaisante, une boisson fraîche. Nous pouvons choisir de les intégrer à notre quotidien.
Je t’invite chère aidante à prendre conscience de ce qui t’habite quand tu vas te coucher. A faire un break entre l’intensité de ce que tu as vécu dans la journée et l’inconnu du lendemain.
Tu peux poser sur le papier la lourdeur et la légèreté, ce qui t’inquiète pour demain ou ce que tu ne veux pas oublier. Tu peux en profiter pour savourer une deuxième fois ce qui a été beau et bon pour toi.
Ce n’est pas magique, c’est juste offrir à la météo de ton cœur une façon de se dire et de s’apaiser.
Prête à te lancer dans cette belle pratique ?



