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Parents d’un enfant extraordinaire, quelle place pour le couple

Laure Japiot-Gouesse 14 novembre 2022
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Vous êtes-vous rencontrés en vacances, pendant vos études, sur votre lieu de travail, lors d’une soirée entre amis… ? Quelles que soient les circonstances de ton premier baiser avec ton conjoint, cela reste certainement un bon souvenir, un temps d’insouciance où l’avenir s’écrivait à deux et en rose fluo ! Plutôt que d’y repenser comme à un âge d’or révolu, je te propose aujourd’hui de chercher le fil rouge qui lie cette rencontre à ta vie d’aujourd’hui et qui, peut-être, te permettra de regarder ton couple avec plus de douceur – même dans le cas où vous seriez aujourd’hui en difficulté.

Car oui, dès votre rencontre, vous ne vous êtes pas choisis par hasard :

Vos personnalités, vos histoires de vie et vos aspirations se répondaient sans doute de façon plus ou moins consciente. Même si « l’amour rend aveugle », il est probable que tu as rapidement perçu certaines failles chez ton amoureux que tu trouvais alors touchantes car elles rendaient les tiennes plus supportables à tes yeux. Au détour du quotidien, de mini-contrats implicites se sont ensuite scellés entre vous : c’est lui qui cuisine et qui sort les poubelles, c’est toi qui fais les lessives et qui emmènes le chat chez le véto, et ainsi de suite.

Avant même de devenir parents, quelques dissensions et agacements ont pu apparaître mais restaient sans conséquence, au point d’oser finalement faire le pari fou de conjuguer vos destins en concevant un enfant. Or toute naissance constitue une perturbation massive dans l’équilibre du couple, au risque d’aggraver les conflits pré-existants : fatigue physique décuplée, conflits de répartition des rôles, confrontation de cultures éducatives, tensions familiales…

Alors que dire quand cet enfant se révèle “extraordinaire”…

…avec des besoins spécifiques auxquels il faut impérativement répondre ? 

L’annonce du diagnostic – quand il y en a un – fait souvent l’effet d’une bombe. Lorsque c’est possible, il est préférable que les deux parents puissent l’entendre en même temps. Mais quoi qu’il en soit, les émotions, les réactions et les cheminements seront différents, selon la sensibilité et les failles de chacun. Certains vont chercher à minimiser la situation, d’autres se mobiliseront aussitôt dans les soins, d’autres encore manifesteront bruyamment leur colère tandis que leurs conjoints se réfugieront dans le silence… La communication peut alors devenir particulièrement difficile, ce qui engendre un ressenti de solitude jusqu’au cœur du couple.

Par la suite, un déséquilibre des rôles peut s’intensifier à la faveur des soins à donner à l’enfant : l’un des deux – souvent la mère – abandonne sa carrière pour se rendre disponible, tandis que l’autre travaille plus pour assurer la vie matérielle de la famille, au détriment de ses loisirs et de sa vie sociale. Ces renoncements de part et d’autre se font souvent de façon implicite, à la manière des tout premiers mini-contrats de la vie de couple évoqués précédemment. Mais dans un contexte d’épuisement, ils alimentent cette fois des sentiments d’injustice et de sacrifice plus difficiles à pardonner. 

Comment dépasser ces écueils ?

Sans grand suspense, c’est dans l’empathie et la solidarité que le soulagement peut advenir, ce qui ne peut passer que par des conversations à cœur ouvert, dans des moments dédiés au couple. Facile à dire, plus difficile à mettre en œuvre, me diras-tu… Comme souvent chez les Fabuleuses, je te propose la méthode des “petits pas” : pourquoi ne pas profiter du passage d’un proche pour lui confier l’enfant une heure le temps d’une balade à deux dans le quartier, ou prévoir une soirée sur le canapé avec une bouteille de vin et un repas livré par le traiteur après le coucher des enfants ?

Les temps de répit du couple sont essentiels pour tous.

Ils permettent de recharger les batteries et de renouer le dialogue, mais aussi de rassurer l’enfant sur sa place. Loin de représenter une négligence, sortir à deux est un acte de liberté autant que de responsabilité, pour vous comme pour lui.

Certains couples parviennent d’ailleurs à transformer l’épreuve du handicap en tremplin pour renforcer leurs liens.

Pour d’autres, lorsque la souffrance est trop intense, il arrive que le fossé se creuse, temporairement ou durablement. Dans tous les cas, il peut être utile d’être accompagné par un professionnel pour faire le point, seul et/ou en couple. Sophie Boursange, psychologue et chercheuse, nous expliquait dans une interview pour les Fabuleuses aidantes « qu’il n’est pas facile pour les parents de demander de l’aide pour eux-mêmes. Beaucoup ne s’autorisent pas à solliciter de rendez-vous avec un psychologue et certains se demandent comment nous pouvons les aider. (…) Si nos entretiens les effraient un peu au début, ils éprouvent souvent un grand soulagement de pouvoir raconter leur histoire à une personne qui les écoute attentivement sans les juger. »

De manière générale, ne sous-estime pas les ressources que ton conjoint et toi pouvez mobiliser. Oser se faire aider par des personnes extérieures peut réellement être salutaire. Car quelles que soient ses qualités et ses défauts, ton conjoint ne pourra jamais répondre à toutes tes attentes et il serait vain de le lui reprocher. Telle amie saura davantage t’écouter autour d’un thé sans s’impatienter, telle baby-sitter expérimentée te permettra de suivre ton cours de yoga sans culpabiliser, tel voisin pourra te dépanner pour une conduite en toute bienveillance… Créer autour de soi un réseau relationnel fiable demande certainement beaucoup d’énergie mais cela en vaut la peine, notamment pour donner de l’air à chaque membre de la famille. 

Chère Fabuleuse, j’espère que ces quelques mots t’auront donné envie d’opérer une petite relecture de ta vie de couple. C’est en effet dans un juste regard l’un sur l’autre que vous pourrez, peut-être, trouver un nouvel équilibre au milieu de tous vos défis.



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Cet article a été écrit par :
Laure Japiot-Gouesse

Laure est psychologue, ex-journaliste et maman de trois garçons, dont l'aîné est « atypique » (haut potentiel et hypersensible). Elle est rédactrice pour les Fabuleuses aidantes.

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