Parents vieillissants

Développer l’autocompassion

Anna Latron 30 août 2021
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Il y a quelques semaines, j’ai exploré des pistes pour nous accepter nous-mêmes, pour accueillir nos imperfections et notre vulnérabilité. J’esquissais un processus intérieur d’acceptation de soi-même, exactement comme on est… et qui permet d’accepter l’autre comme il est aussi.

À la fin de ce texte, j’écrivais que lorsque nous parvenons à nous accepter vraiment telles que nous sommes, nous pouvons alors mieux discerner la nature de l’expérience qui se présente à nous et l’accueillir avec compassion.

Lorsque l’on est capable de s’accepter tel qu’on est, on devient capable d’avoir de la compassion pour soi. Souvent, on ressent de la compassion pour les autres, on perçoit leur souffrance, on est touché par ce qu’ils vivent et notre coeur répond à leur peine.

En tant que mamans aidantes, on est très fortes pour ça !

Quand cela se produit, nous ressentons le désir de les aider, de prendre soin d’eux, de leur offrir écoute et compréhension. 

Avoir de la compassion pour quelqu’un, c’est aussi accepter qu’il puisse se tromper ou échouer, c’est réaliser que les souffrances, l’échec, l’imperfection, sont des expériences humaines partagées par tout le monde sur cette terre !

L’autocompassion, c’est quoi ?

L’autocompassion suppose la capacité de s’offrir aussi à soi-même cette compréhension, ce réconfort, cette reconnaissance des souffrances vécues.

La plupart du temps, nous ignorons ces souffrances –

Comment vas-tu ? nous demande un collègue

Ça va très bien, merci, et toi ?

Pourtant, en profondeur, nous sommes meurtris, malheureux, préoccupés, angoissés… Mais nous pensons devoir cacher cette partie fragile et vulnérable de nous.

La plupart des cultures occidentales ont une tradition de “l’armure” : serrer les dents, rester droit dans ses bottes, ne rien laisser paraître.

Même lorsque nous traversons des situations douloureuses, nous ne prenons pas le temps de reconnaître combien c’est difficile à vivre. Et c’est ainsi que certaines souffrances proviennent en fait tout simplement des jugements que l’on porte sur soi, de se sentir coupable de ne pas être parfait, de ne pas être à la hauteur, de ne pas être “assez”.

Avoir de la compassion pour soi, c’est honorer ce qui nous rend humains, c’est-à-dire notre imperfection et notre “non-toute-puissance”.

Avoir de la compassion pour soi, c’est développer des moyens de se réconforter, de nous donner à nous-mêmes des messages encourageants et positifs.

C’est devenir sa propre sécurité.

Par exemple, au lieu de se dire : « Pfff, ma pauvre, tu n’as aucune patience avec ta mère, tu aurais pu lui répondre plus gentiment », on peut changer ce message que l’on s’envoie à soi-même :

« Tu as une patience extraordinaire avec ta mère (qui vient de demander pour la quarantième fois ce matin l’heure qu’il est!). Maintenant, il te faudrait une petite pause ! Heureusement, c’est l’heure de l’emmener à l’accueil de jour. »

Le Dr Kristin Neff, pionnière des recherches sur l’autocompassion, décrit trois éléments qui sont fondamentaux pour cerner cette notion et se l’offrir à soi-même :

  • la bienveillance envers soi-même plutôt que le jugement envers soi ;
  • la reconnaissance de son humanité commune. Tous les humains souffrent et commettent des erreurs. Chacune de nous partage ce qui caractérise notre “humanité” ;
  • l’autocompassion requiert une approche ouverte et “acceptante” de nos pensées et émotions négatives. L’idéal serait de les laisser passer sur notre écran mental sans vouloir les supprimer ou les nier, ou sans s’identifier à elles.

Le poète persan Rûmî décrit cela à sa manière :

« Ainsi l’être humain est une auberge.

Chaque matin, un nouvel arrivant.

Une joie, un découragement, une méchanceté,

Une conscience passagère se présente,

Comme un hôte qu’on n’attendait pas.

Accueille-les tous de bon cœur !

Même si c’est une foule de chagrins

Qui saccage tout dans ta maison,

Et la vide de ses meubles,

Traite chaque invité avec honneur.

Il fait peut-être de la place en toi pour de nouveaux plaisirs.

L’idée noire, la honte, la malice,

Accueille-les à ta porte avec le sourire

Et invite-les à entrer.

Sois reconnaissant à tous ceux qui viennent

Car chacun est un guide

Qui t’est envoyé de l’au-delà. »

Jalaluddin Rûmî

On peut accepter la tristesse, la peur, la vulnérabilité, on peut dire “oui” à notre vie, à tout ce qui constitue notre vie.

Plus nous pouvons dire “oui” à ce qui est, moins nous souffrons.

Dans son ouvrage S’aimer enfin, le psychiatre Christophe Fauré écrit :

« Dire “oui” à la situation, telle qu’elle est et pas telle qu’on voudrait qu’elle soit. Dire “oui”, dans l’acceptation de ce qui “est”, sans résistance, sans projet. Découvrir ainsi un espace intérieur affranchi de toute tension. Prendre l’instant tel qu’il est, sans entrer en lutte avec lui, même s’il ne correspond pas à ce que j’en attends. Lâcher prise. Lâcher toute saisie mentale, tout commentaire intérieur. Laisser se révéler une conscience, vibrante et alerte, vidée de toute pensée, dont la nature est intrinsèquement paisible. »

Chère Fabuleuse,

Tu te sens prête à adopter l’autocompassion, mais tu ne sais pas par où commencer ?

Voici pour toi un exercice d’auto-compassion ! C’est tout simple : à chaque fois que tu es tentée de t’autoflageller, pose-toi la question suivante :

« Comment traiterais-je ma meilleure amie si elle traversait cette situation ? »

Réfléchis à toutes ces phrases que tu n’as aucun problème à dire aux autres, mais que tu es incapable de te dire à toi-même :

  • Tu as le droit de te sentir découragée
  • Tu ne peux pas échouer, tu peux seulement apprendre et grandir
  • Bon travail, bravo ! Félicitations, tu es géniale.

… et ces phrases, dis-les, mais cette fois à toi-même ! 

Cet exercice n’est pas magique.

Mais pratiqué régulièrement (à chaque fois que tu te trouves en position d’être dure envers toi), il t’aidera à redresser ta manière de penser… à te créer de sains réflexes d’auto-compassion.



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Cet article a été écrit par :
Anna Latron

Journaliste de formation, Anna Latron collabore à plusieurs magazines, sites et radios avant de devenir rédactrice en chef du site Fabuleuses au foyer et collaboratrice d’Hélène Bonhomme au sein du programme de formation continue Le Village. Mariée à son Fabuleux depuis 10 ans, elle est la maman de deux garçons dont Alexis, atteint d’un trouble du spectre de l’autisme.

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