tu es nulle
Enfants extraordinaires

« Tu es franchement nulle »

Anna Latron 29 août 2022
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Chère Fabuleuse,

Ça s’est passé il y a seulement quelques semaines, en plein cœur de l’été, au beau milieu d’une journée banale de vacances en famille. Nous nous trouvions, pour quelques jours, réunis chez mes parents : frères et sœurs, conjoints et enfants. Tu peux imaginer le niveau sonore, mais surtout celui d’excitation des cousins, tout à la joie des retrouvailles.

Dans ce genre d’ambiance, évidemment, mon fils cadet oscille entre la surexcitation et l’hyper-dynamisme…

quitte à sauter sur un canapé, à réveiller son petit cousin de la sieste grâce à un cri dont il a lui seul le secret, mais aussi à abîmer tout ce qui lui tombe sous la main. Bref, tu vois le tableau ! Je sais que mon zébulon est un être difficile à cerner pour qui s’arrête à ces aspects de sa personnalité : il se montre souvent brusque, bruyant, impulsif et emploie un langage fleuri qui peut choquer. Je le sais, je m’adapte, parce que c’est mon enfant et que je l’accepte dans sa singularité.

Par chance, notre famille est dans l’ensemble compréhensive et parvient à dépasser ces aspects particuliers de sa personnalité, à voir au-delà de cet enfant de 6 ans qui, de prime abord, semble juste très agité et franchement mal élevé.

Sauf que ce n’est pas toujours simple, la cohabitation familiale, la rencontre de l’altérité, des caractères et des tempéraments atypiques.

Et donc, j’ai senti que pour un membre de ma famille, c’était plus compliqué. J’avais bien entendu quelques remarques depuis notre arrivée, mais jusqu’à présent, je n’avais pas relevé. Et puis, est-ce parce que cette nuit-là j’avais trop peu dormi, car notre zébulon nous avait réveillés alors qu’il faisait encore nuit ? Je ne sais pas. Mais ce que je sais, c’est qu’une remarque, glissée sur le ton de l’humour, a atteint mon cœur de maman comme une flèche.

J’ai serré les dents. Et puis, comme il me prenait à partie en voulant me raconter une énième frasque de mon fils, preuve qu’il était vraiment difficile à supporter, je me suis levée sans rien dire et j’ai quitté la pièce. Ni une, ni deux, je me suis enfermée dans le cagibi voisin et j’ai fondu en sanglots. Quelques instants plus tard, j’en suis ressortie pour monter dans notre chambre et reprendre mon souffle.

Et je me suis sentie complètement nulle.

« Tu es franchement nulle, ma fille, me suis-je dit à moi-même. Il a bien le droit d’exprimer son incompréhension face à mon fils, non ? Et puis, pourquoi réagis-tu de façon si puérile ? N’y avait-il pas un autre moyen, plus adulte, pour lui signifier que ces réflexions te blessaient ? Lui dire en face que sa remarque t’avait blessée ? »

Moi qui serine aux Fabuleuses aidantes, à longueur de journée, que l’on peut communiquer avec les autres, qui m’attache à leur transmettre des valeurs de bienveillance envers soi, qu’étais-je en train de montrer comme exemple ?

Culpabilité décuplée. Discours intérieur empoisonné.

La suite de la journée fut pour moi très difficile. J’étais à l’affût du moindre “écart” de mon fils, mais aussi de la moindre remarque acerbe qui sortirait encore de la bouche de cette personne. Je me sentais tendue, puis coupable d’être tendue, et enfin victime de ces émotions qui me brassaient et m’épuisaient. Au fil des heures, mon état de tension intérieure est un peu retombé, mais cet épisode a laissé l’empreinte amère de l’échec sur la fin de ces vacances familiales. De retour dans le calme de ma maison et dans la routine de mon quotidien, je suis parvenue à faire un petit examen de cette douloureuse expérience, et, au terme de cette relecture, à m’offrir enfin un peu de bienveillance, après m’être jugée si durement.

J’ai pu me poser ces questions :

qu’est-ce que je décide de faire de ce que j’ai vécu, de mes peines, de mes souffrances, de mes déceptions, de mes frustrations ? Les enfouir, mais en subir les relents quand certaines occasions les feront remonter à la surface ? Les diriger contre moi-même ou contre les autres sous forme de colère, de violence, de mépris, de maltraitance ? Les recouvrir d’un vernis, d’une couche de perfection, pour éviter d’y penser, et surtout pour que les autres ne les surprennent pas quelque part en moi ?

Ou bien, est-ce que je décide de les montrer, ces blessures qui peinent à guérir ou dont les cicatrices restent sensibles au toucher ? Est-ce que j’accepte qu’elles fassent partie de moi ? Est-ce que j’en parle à quelqu’un qui ne me jugera pas, qui saura éprouver de la compassion — non de la pitié — et m’aidera à recoller les morceaux, un à un, de mon cœur brisé ?

La réponse m’appartient, aujourd’hui et les jours suivants. 

Chère Fabuleuse, cet été, tu as forcément vécu un épisode similaire. Alors, sache que toi aussi, la réponse t’appartient, aujourd’hui et les jours suivants.

Rien n’est figé, rien n’est gagné d’avance, mais l’espoir est possible ! Je peux recoller les morceaux, un à un, pas à pas. Tu peux recoller les morceaux, un à un, pas à pas.

Et, au lieu de cacher nos cicatrices, nous pouvons poser sur nous-mêmes un regard plein de bienveillance et d’un peu de tendresse. Tu sais, tout ce que nous faisons pour les autres et que nous oublions trop souvent de nous appliquer à nous-même.

C’est pour cette raison que j’ai décidé de te proposer une nouvelle aventure :

dans quelques jours, un programme tout neuf arrive chez les Fabuleuses aidantes ! Je l’ai intitulé “Je deviens mon alliée intérieure”. Cette alliée intérieure dont toi et moi avons tant besoin pour continuer sur notre chemin particulier et y laisser le moins de plumes possibles. Pendant 7 jours, nous allons tenter de faire entre un peu plus de compassion pour nous-mêmes dans nos journées et de laisser tomber le poison de l’autocritique et de l’autojugement qui nous font tant de mal.

Crois-moi, chère Fabuleuse aidante : tu le vaux bien, tu es fabuleuse et si tu le réalises, ça va vraiment tout changer. Ça te dit ?



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Cet article a été écrit par :
Anna Latron

Journaliste de formation, Anna Latron collabore à plusieurs magazines, sites et radios avant de devenir rédactrice en chef du site Fabuleuses au foyer et collaboratrice d’Hélène Bonhomme au sein du programme de formation continue Le Village. Mariée à son Fabuleux depuis 10 ans, elle est la maman de deux garçons dont Alexis, atteint d’un trouble du spectre de l’autisme.

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