Enfants extraordinaires

Ta vie est comme un jeu de cartes

Axelle Huber 18 septembre 2023
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Chère Fabuleuse, as-tu déjà joué aux cartes ? Bataille, bridge, tarot, ascenseur, Uno, ou d’autres jeux dans lesquels on distribue des cartes et parfois l’on en pioche ? Tu as sûrement remarqué que tu disposes très probablement d’un échantillon assez varié avec des bonnes cartes, des mauvaises et un entre deux : les cartes “beurk” (pour moi ce sont celles de 2 à 6), les cartes “bof” (de 7 à 10) et les cartes “wahou” (de valet à as). 

Les bonnes cartes ne prédisposent pas toujours à la victoire ni les mauvaises à la défaite. Car cela dépend de la manière dont tu vas jouer.

Fais-tu attention aux bonnes cartes comme aux mauvaises ?

As-tu parfois regretté de n’avoir pas la dame de carreau ou l’as de cœur qui auraient permis d’être “maître” à carreaux ou cœur, ou encore t’es-tu plainte d’avoir ce deux de pique vraiment très “beurk” ? Te sers-tu dans ton jeu des cartes “wahou” comme des “beurk” ?

Dans ta vie n’est-ce pas pareil ?

Les cartes “beurk” côtoient les cartes “wahou” et même les “bof”. Les “beurk” piquent et frottent, ce sont de mauvaises cartes mais parfois utiles pour se défausser. Les “wahou” réchauffent et mettent en joie ; elles t’assurent souvent de remporter la main. 

Les cartes “bof” ne sont pas terribles, un peu insipides. Mais parfois, elles peuvent surprendre et être utiles pour gagner malgré tout.

Les unes comme les autres te font gagner ou perdre, mais toutes t’apprennent quelque chose pour la partie suivante. Tu as probablement reçu de beaux cadeaux, des as, des rois, des dames, des valets… : ce sont des talents propres, des enfants, des parents, un conjoint, des amis que tu aimes, des relations de qualité. Et puis, il arrive — de façon provisoire ou définitive — que tu aies des cartes qui piquent et font mal, parfois très mal. J’ai nommé la maladie, le handicap, la différence, la déception et d’autres épreuves qui génèrent des émotions désagréables. 

Il arrive aussi d’être heureux malgré ou plutôt avec les épreuves tout comme l’on peut finalement gagner malgré un mauvaise main mais une bonne tactique.

Dans quel ordre jouer tes cartes ?

Comment les jouer, ces cartes ? Sur quoi portes-tu ton attention ? Sur quoi te focalises-tu ? As-tu rangé trop vite une carte dans les “beurk” sans voir qu’elle pouvait, à la longue, t’apporter quelque chose ? Par exemple, en te rendant compte que sans cette fichue maladie, tu n’aurais pas rencontré ta copine Alice avec qui tu partages tant. 

C’est à toi, aujourd’hui, de regarder où sont ton roi de cœur, ton as de carreau et peut-être certains jours de transformer ton regard sur les deux de pique ou les neuf de trèfle qui peuvent avoir, à la longue, un intérêt.

Tu peux muscler cette habitude d’apprendre à voir le beau de ta vie (les as de carreau par exemple) que parfois tu ignores, focalisée sur les difficultés (les deux de pique par exemple). Tu peux apprendre à voir des mille et une choses un peu insignifiantes (les cartes “bof”) comme une occasion d’une vraie et grande joie. Et finalement les transformer en “wahou”. 

Le sens-tu monter, ce cri d’heureuse surprise lorsque tu ouvres le robinet et que l’eau chaude jaillit, ou lorsque tu découvres que le mimosa est en fleurs et exhale ce parfum que tu aimes tant, ou encore lorsque tu ouvres tes volets et découvres un camaïeu de rose et de bleu dans le ciel ?

Chaque jour, se laisser surprendre par ce qui est bon.

Être dans la gratitude, c’est refuser de s’habituer au beau et accepter de se laisser surprendre à chaque fois, comme renouvelée dans son émerveillement. C’est si précieux de savoir accueillir et reconnaître le beau, de se sentir reconnaissante face à l’immensité, l’infini, la vie, l’amour malgré la difficulté indéniable.

Dans certains autres jeux de carte, on peut rejeter une carte à la “poubelle” ou “se coucher” en disant : « Non, cette carte, je ne la prends pas ». On cherche à la refiler aux autres, en douce ou avec ses gros sabots. 

Chère Fabuleuse,

Y a-t-il des cartes “beurk” que tu ne veux pas (ou ne peux plus) garder et que tu pourrais t’autoriser à rendre ? Ça serait quoi ? De quoi peux-tu t’alléger dans ton fardeau ? Par exemple, les galères avec le fauteuil électrique de ton proche : peux-tu déléguer cela ? L’intrusion de telle proche, peux-tu l’éviter ? Avec quels mots et quelle attitude respectueuse pour chacun ?

Et puis bien sûr, il est un ”beurk” qu’on ne voulait surtout pas avoir. C’est le mistigri. Il pique, il gratte et fait sacrément mal. Pas toujours moyen de le refiler. On a beau essayer, tout faire pour soigner et guérir, cela n’est pas possible : le proche reste malade ou en situation de handicap.

Pas le choix que de garder cette maladie, ce handicap ! Alors on apprend à faire avec.  

À défaut de pouvoir se débarrasser du mistigri, on peut piocher une nouvelle carte. Comme une nouvelle chance. Au jeu de sept familles, il arrive même que ce soit une “bonne pioche”. Tu peux imaginer que dans ta vie, tu vas toi aussi aller piocher une nouvelle chance quelque part, comme une nouvelle ressource dans ta vie d’aidante ! 

Souvent, on a plus de libre arbitre que ce qu’on imagine. T’es tu déjà demandée ce que serait cette ressource, cette carte “chance” ou encore “atout” ? Que te faudrait-il faire pour mettre cette bonne pioche dans ta vie ? Demander de l’aide ? Te donner des permissions de lâcher prise ? Aller prendre du temps pour toi et te faire un peu ou beaucoup plaisir ? Modifier ou nuancer une pensée dévalorisante pour faire naître une émotion plus agréable?

Et de chanter avec Renaud les Mistrals gagnants :



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Cet article a été écrit par :
Axelle Huber

Mariée en 2003, j’ai eu 4 enfants entre 2004 et 2008. En 2010, mon mari Léonard est diagnostiqué atteint de Sclérose Latérale Amyotrophique (SLA). Le quotidien est parfois difficile entre ma vie d’aidante pour lui, nos 4 très jeunes enfants, le lancement de mon entreprise après 10 années d'enseignement. La maladie grignote du terrain et Léonard meurt en 2013. Je décide alors d’écrire un livre Si je ne peux plus marcher, je courrai (éditions Mame 2016), témoignage qui se veut un hymne à l’espérance au coeur des difficultés. J’interviens régulièrement sur les thèmes de la résilience, de l’espérance et me forme ensuite pendant 3 années au coaching. Je suis très heureuse aujourd’hui d’accompagner les personnes confrontées à la maladie, au handicap et au deuil — en individuel ou au groupe — sur les enjeux émotionnels, relationnels et de connaissance de soi afin de les aider à se réaligner avec leur élan de vie.

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