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Je me souviens de mes 20 ans, des rêves qui m’habitaient. À cette époque, je débutais mes études d’éducatrice et j’apprenais les bons gestes, les bonnes paroles qui font la différence pour être une bonne professionnelle. Je me souviens m’être dit : « Un jour je serai maman et je serai une bonne maman ! ». Oui, un de mes rêves, peut-être le plus présent à ce moment, était celui de devenir maman. Je me voyais avec trois enfants et un fabuleux mari ! J’avais 20 ans.

Les années ont passé et, petit à petit, ce rêve a commencé à devenir réalité. 

Tout d’abord, mon Fabuleux est arrivé !

Puis, notre premier enfant est venu s’ajouter au tableau : « C’est un garçon ! Il est parfait ! » Quelques années après une fille vient compléter la fresque de nos vies ! Mon rêve prend vie et forme…

Le 4 juin 2015, mon rêve se brise.

Enceinte de 13 semaines, je reçois un téléphone qui restera à jamais gravé dans mon cœur, « Madame Ansermet, j’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer, votre prise de sang révèle un risque élevé que votre fœtus soit atteint de trisomie 21 … ». Ce jour-là, tout s’est effondré. Mon rêve de trois beaux enfants, sans handicap, sans maladie, est parti en fumée. À 20 ans, je ne visualisais pas l’arrivée d’un enfant porteur d’handicap.

Ce jour-là, j’ai compris que plus rien ne serait jamais comme avant…

Je peux dire que les mois de grossesse qui ont suivi l’annonce de la trisomie 21 n’ont pas été un « rêve ». Au contraire, la réalité était dure, âpre, amère, me laissant un goût de regret au fond de ma gorge, marquant mon cœur au fer forgé du tampon « maman d’enfant handicapé ». Une erreur génétique a pris forme dans mes entrailles un être « imparfait » grandissait. Les larmes ont souvent coulé, des larmes de colère, de frustration et même parfois des larmes d’injustice.

Ces mois ont été compliqués…je ne rêvais plus.

Pourtant, à l’arrivée de notre fils Amélien et de son chromosome surnuméraire, je prends conscience que le rêve de mes 20 ans ne s’est pas vraiment brisé à son arrivée. 

Aujourd’hui, à l’aube de mes 40 ans, mon regard est assez lucide pour reconnaître que le rêve de mes 20 ans a commencé à s’effriter le jour où je suis devenue maman. Devenir parent m’a fait comprendre que je devais lâcher certains rêves. 

Devenir maman m’a fait comprendre que certains rêves devaient se sacrifier sur l’autel de mon ego. La notion de sacrifice n’est pas souvent évoquée quand on parle de maternité. Dans notre société où l’individualisme est devenu valeur, la notion sacrificielle paraît complètement farfelue. Mais elle est bien réelle, elle est bien présente.

Je sacrifie un bout de mon « moi » quand un enfant prend place dans ma vie. L’arrivée de l’enfant porteur d’handicap amène un sacrifice nettement plus grand, c’est vrai. Concrètement, un sacrifice de temps dans mon agenda qui subitement se remplit. Le sacrifice des « progrès rapides », Amélien prend du temps pour se développer. Le langage arrive tardivement, comme d’autres acquisitions : par exemple, il a marché à 3 ans.

Et soyons honnêtes, la « maman parfaite » que je rêvais d’être a vite perdu ses illusions… Dans la « vraie vie », je bataille avec mes imperfections, mes manques, mes erreurs. Aucun de mes enfants n’est parfait, au contraire, j’ose le dire ils sont tous « limités», comme je le suis aussi. 

Alors, si la réalité est ce qu’elle est, faut-il arrêter de rêver ?

Non, au contraire : le rêve nous pousse à aller de l’avant. Il nous permet de voir « au-delà » de la réalité. Le rêve peut nous donner une direction ! Par contre, si je mise tout sur « atteindre mon rêve » et que je le fige, alors la chute risque d’être douloureuse. 

Et si j’étais prête à rêver différemment ?

  • Si j’étais prête à avoir plusieurs rêves ?
  • Ou des rêves qui se réajustent avec le temps ?
  • Des rêves différents à chaque étape de ma vie, qui évoluent comme j’évolue ?
  • Après tout, qui fait tous les soirs le même rêve ?
  • Et si je rêvais aussi parfois plus petit ? De tous petits rêves mais que, si j’y regarde bien, se réalisent et même souvent pour certains !

Aujourd’hui, ma vie n’est pas celle dont j’avais rêvé à 20 ans.

Il se pourrait bien que le rêve brisé se soit petit à petit recollé avec d’autres rêves. Des rêves plus vivants, défiants, parfois fatigants, des rêves qui me donnent envie de rêver encore plus. Mes rêves sont remplis d’amour, de joie, de persévérance, de force et de foi que rien n’est impossible !

Je rêve que les limites que bien souvent nous nous mettons soient dépassées. Je rêve aussi pour toi qui lis ce texte que ce qui paraît aujourd’hui « un rêve brisé » dans ta vie puisse devenir, avec le temps, un rêve bien plus grand, plus fou que tout ce que tu aurais pu imaginer.

Car aujourd’hui, le plus important n’est pas forcément d’atteindre ton rêve mais c’est le parcours que tu vas mener, les rencontres que tu vas faire, les chutes qui vont arriver et toutes ces fois où tu vas te relever pour t’approcher le plus près possible de tes rêves qui comptent le plus !

Ce texte nous a été transmis par une Fabuleuse aidante, Myriam Ansermet



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Cet article a été écrit par :
Une Fabuleuse aidante

Nos lectrices, elles aussi aidantes, nous envoient parfois des textes formidables que nous avons plaisir à publier ici.

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