Conjoints aidés

Quand l’inquiétude prend toute la place

Laure Japiot-Gouesse 10 janvier 2022
Partager
l'article sur


Avec ses difficultés relationnelles, mon fils ne se fera jamais d’amis… Et si ma fille n’avait plus d’AVS l’année prochaine ? J’ai tellement peur que ma mère tombe dans les escaliers en mon absence ! J’ai l’impression que mon conjoint ne sortira jamais de sa dépression… Comment feront-ils s’il m’arrive quelque chose ? 

Chère Fabuleuse, tu connais certainement cette litanie des inquiétudes qui se déverse parfois dès ton réveil, ou sous ta douche, ou encore pendant un trajet en voiture… En somme, dès que tu as un moment pour penser dans ton quotidien surchargé, tu te retrouves envahie par les angoisses.

J’ai une bonne nouvelle pour toi :

85 % des sujets d’inquiétude finissent par ne jamais se produire !

C’est la conclusion tirée par le Dr Robert Leahy, chercheur à l’université Yale (The Worry Cure, 2006). Quant aux 15 % de difficultés qui surviennent effectivement, 79 % des personnes interrogées par le chercheur ont estimé que :

  • soit ils pouvaient affronter la situation beaucoup plus facilement qu’ils ne l’avaient imaginé ;

  • soit cette difficulté leur a permis d’acquérir une expérience utile.

En somme, 97 % de nos sujets d’inquiétude ne seraient que le produit d’exagérations et d’interprétations 🙂

Alors, suffirait-il de dire : « Don’t worry, be happy » ?

Je t’entends déjà, chère Fabuleuse, me répondre que c’est bien joli mais complètement irréaliste ! Qui va planifier les rendez-vous pour réserver les créneaux et prévoir la logistique des trajets, réfléchir aux options de prises en charge pour l’année suivante afin de monter les dossiers, tenir compte des délais administratifs… ?

Une clé serait peut-être de ne pas confondre anticipation et inquiétude.

Car en tant que mamans, et tout particulièrement lorsqu’on est aidante, nous sommes obligées d’anticiper les nombreux impératifs de cette drôle de vie. Cela nécessite une solide organisation qui exclut l’idée tentante de vivre au jour le jour sans se soucier du lendemain.

Ce que je t’invite à essayer, c’est justement à différencier ce qui est de l’ordre de l’organisation de ce qui est du registre de l’angoisse. Pour cela, la question du « comment » est essentielle : si tu peux transformer ta question en plan d’action, tu verras aussitôt ton inquiétude s’apaiser.

Tu peux aussi prendre quelques minutes pour te remémorer, dans ta tête ou par écrit, toutes les épreuves que tu as déjà surmontées alors qu’elles t’apparaissaient comme des montagnes infranchissables. Finalement, lorsqu’une tempête survient, on se rend compte qu’on puise en soi une force incroyable – surtout lorsqu’il s’agit de prendre soin d’un de nos proches !

Et si tu sens que tes pensées continuent à s’emballer en scénario catastrophe, je t’encourage à prendre une profonde inspiration et à te concentrer sur tes 5 sens : 

  • Quelle est l’odeur que tu sens en ce moment ?

  • Quels sont les bruits qui t’environnent ?

  • Comment décrirais-tu le plus précisément possible la couleur de l’objet qui est devant toi ?

  • Quelle sensation te procure la texture de ton pantalon ou de ton pull ?

  • Et enfin, parviendrais-tu à rappeler à ton palais le goût d’un aliment que tu aimes particulièrement, jusqu’à sentir tes papilles saliver ?

Sache que l’ancrage corporel est un très puissant outil de relaxation. 

En effet, je sais qu’on te le répète à longueur d’articles, mais le pouvoir de l’instant présent peut beaucoup aider à dédramatiser. Car finalement, rien n’est sûr si ce n’est l’ici et maintenant !

Puisque nul ne peut prédire l’avenir, concentrons-nous autant que possible sur la minute que nous sommes en train de vivre. 

Bien sûr, tout ceci est plus facile à dire qu’à faire. Car oui, j’imagine qu’à toi, maman aidante, la vie a déjà envoyé beaucoup d’épreuves qui n’étaient pas le simple fruit de ton imagination – et je comprends que tu aies peur des difficultés qui pourraient encore advenir. Ton inquiétude est légitime et je ne te demande pas de l’ignorer : c’est un sentiment qu’il est important d’accueillir, comme toutes tes autres émotions. 

Mais je crois que tu peux essayer, dès que tu le peux, de ne pas lui donner toute la place. Et un petit pas après l’autre, tu vas voir que la confiance va gagner des points !

N’oublie pas que tu es Fabuleuse et que vraiment, ça change tout 🙂 



Partager
l'article sur




Cet article a été écrit par :
Laure Japiot-Gouesse

Laure est psychologue, ex-journaliste et maman de trois garçons, dont l'aîné est « atypique » (haut potentiel et hypersensible). Aux côtés d'Anna Latron, elle anime la communauté des Fabuleuses aidantes en tant que conseillère.

Articles similaires

Enfants extraordinaires

Mettre des mots sur les maux

« C’est dans ta tête ! » Qui n’a jamais entendu cette terrible réponse, lorsqu’on évoque une douleur ou une difficulté pour…

Conjoints aidés

Le deuil blanc

Chère Fabuleuse, As-tu déjà entendu parler de « deuil blanc » ? Cet oxymore (pour nous Occidentaux dont la couleur du deuil est…

Conjoints aidés

Anne-Sophie de Rancourt, la relation d’aide comme chemin d’humanité

Orthophoniste de métier, Anne-Sophie de Rancourt est la créatrice de SousTaBlouse !, une plateforme consacrée au bien-être des soignantes. Pour…