Enfants extraordinaires

On oublie si vite pourquoi !

Une Fabuleuse aidante 16 août 2021
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  • Pourquoi la maison n’est pas rangée
  • Pourquoi tout est resté en plan dans le jardin
  • Pourquoi rien n’avance aussi vite que chez les voisines parfaites…

Et puis un jour, au cœur de la bataille, on réalise.

Mais oui, mais si, bien sûr ! J’avais oublié !

Sous prétexte que mon ado autiste n’a pas fait de méga-crise depuis une semaine, il n’y avait plus aucune raison apparente à ma fatigue extrême, aucune raison moralement acceptable à l’amoncellement du linge…

Et puis voilà que ça lui reprend.

L’enfant que j’ai mis au monde et qui devient homme promène toujours son autisme comme un exhausteur de sensations, de sentiments, de réactions, de violence. En ce moment, il veut partir loin, seul, là maintenant tout de suite, aveuglé par la frustration du moment.

Je ne peux pas le laisser faire, je ne me sens plus la force maintenant de sortir avec lui pour le raisonner en route, et le ramener doucement au bercail. Je n’en peux plus de courir au sens propre à travers les champs, les rues du village, le bords des routes avec une issue toujours incertaine, potentiellement dangereuse pour lui ou d’autres.

Alors cette fois s’engage un combat devant le portail, une sorte d’art martial physico-mental où je tente de transformer les essais d’attaques en rigolade, où je conclue ses phrases écholaliques d’idées fixes par des diversions, où je lui propose d’autres façons d’ échappper à cette sensation désagréable de frustration.

Où, bon an, mal an, je résiste, je deviens de plus en plus forte. Sa force physique augmente mais je n’ai pas le droit de le laisser me battre, ni pour moi, ni pour lui.

Et puis, on ne sait jamais exactement ni comment ni pourquoi, nous finissons par y arriver.

La crise s’apaise, une diversion est acceptée.

Nous sommes rentrés à la maison. J’entends sa voix qui parle calmement devant un film. Il est de nouveau possible de regarder le désordre, de se souvenir de ce qu’on voulait construire dans le jardin, de s’attaquer à la pile de linge, même s’il est déjà temps de préparer le dîner ! Je suis alors prise d’un accès de bienveillance envers moi-même.

L’épisode en lui-même n’est pas glorieux, certes.

Un quasi corps à corps avec son ado de treize ans n’est pas quelque chose dont on se glorifie. Mais j’ai fait du mieux que j’ai pu. Je l’ai protégé de lui même, pour pouvoir lui permettre de voir plus loin. Pour que nous tenions tous jusqu’à la prochaine étape, celle où il aura appris à mieux gérer sa frustration. Il vaut mieux prévenir que guérir. Peut-être qu’on aurait pu prévoir mieux. Peut-être aussi qu’il y a des fois où l’on ne sait pas prévoir, alors il faut continuer d’apprendre à le faire. “Celui qui croit tout savoir ne peut plus apprendre.”

Je ne sais rien, j’apprends.

C’est passionnant, fatigant, mais vivifiant. Si j’accepte que je ne sais pas, j’accepte que je peux encore apprendre :

  • apprendre où sont les priorités,
  • apprendre à me ménager pour tenir et mieux servir les miens
  •  apprendre à connaître plus encore les merveilles que j’ai mises au monde et à chercher l’or en chacun, à commencer par moi.

J’apprends que je peux continuer à vivre, avancer, découvrir, même au milieu de ma maison imparfaite, et des regards des voisins plus ou moins approbateurs.

Ce texte nous a été transmis par un Fabuleuse aidante, Fanny.



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