Enfants extraordinaires

Non, tout n’est pas urgent

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Tu n’as pas encore avalé ton premier café que trois urgences te sautent déjà aux yeux : ce rendez-vous médical que tu avais oublié de confirmer, la lessive en retard, le coup de fil à passer à l’infirmière. Tu poses ta tasse à moitié vide, tu fonces sur ton téléphone, tu ouvres le calendrier, tu griffonnes un mot sur un post-it. Et déjà, tu as oublié ce que tu voulais faire en premier.

Ta journée commence comme ça : en morceaux.

Ton coup d’éponge sur la table de la cuisine est interrompu par une alarme sur ton téléphone : c’est l’heure des médicaments. Tu poses l’éponge, tu cours chercher la boîte, tu tends le comprimé à ton aidé. Puis tu reviens, tu reprends l’éponge… avant de te rappeler que le linge est resté dans la machine depuis la veille. Alors tu quittes la cuisine, tu lances le sèche-linge, tu files ranger deux papiers qui traînent, et finalement tu ne sais plus où tu en es.

C’est épuisant.

Pas seulement physiquement, mais mentalement. À force de tout considérer comme urgent, tu finis par perdre le fil et ne plus savoir par quoi commencer. Tu vis dans une alerte permanente. Et ton cerveau, saturé, ne trouve jamais de repos.

Depuis que tu es devenue aidante, tu portes mille responsabilités : accompagner ton proche à ses rendez-vous, gérer les démarches, faire tourner la maison, anticiper ses besoins médicaux, rester disponible pour lui, mais aussi pour tes enfants, ton conjoint, tes parents, ton travail… La liste est sans fin.

Alors, ton cerveau se met en mode survie : 

il saute d’une tâche à l’autre, il zappe, il exécute. Mais il le fait sans prendre le temps de distinguer ce qui est vraiment prioritaire de ce qui peut attendre. Résultat : tu t’épuises sur des détails, pendant que l’essentiel est repoussé à plus tard. Tu termines tes journées en ayant l’impression d’avoir couru sans arrêt, mais sans avoir vraiment avancé.

Chère Fabuleuse, je pense que tu connais cette sensation. Pourtant, rien ni personne ne t’oblige à tout accomplir immédiatement ni en même temps. Certaines choses peuvent attendre, et ton énergie, si précieuse, mérite d’être investie dans ce qui compte vraiment.

Gérer tes priorités, ce n’est pas être parfaite ou hyper organisée.

C’est simplement accepter que ton temps et ton énergie sont limités, et que tu ne peux pas tout accomplir comme si le monde s’effondrait autour de toi.

Accepter tes limites, c’est déjà un premier pas. Pour t’aider à y voir plus clair et à décider quoi faire en priorité, il existe un outil simple et efficace : la matrice d’Eisenhower. Elle tire son nom d’une citation attribuée au 34ème président des États-Unis : « J’ai deux sortes de problèmes, les urgents et les importants. Les urgents ne sont pas importants et les importants ne sont jamais urgents. »

Imagine une grille divisée en quatre cases. Chaque case correspond à une combinaison entre l’urgent et l’important.

  1. Important et urgent : ce sont les vraies urgences. La douleur de ton proche qui nécessite d’appeler le médecin, la chute imprévue, la facture à régler impérativement avant ce soir. Ces tâches doivent être traitées tout de suite.
  2. Important mais pas urgent : ce sont les choses essentielles pour ton équilibre et pour celui de ton proche, mais qui ne s’imposent pas immédiatement à toi. Par exemple : prendre rendez-vous pour toi chez le médecin, organiser les papiers administratifs calmement, planifier une sortie qui vous fera du bien, à toi et à ton aidé. Consacrer un peu de temps à ce type de tâches de façon régulière peut vraiment faire la différence, et éviter que ces tâches ne deviennent des urgences à gérer dans la précipitation.
  3. Urgent mais pas important : ces tâches te donnent l’illusion d’être indispensables, mais elles ne changent pas grand-chose. Un appel non vital, un mail qui peut attendre, faire la poussière sur une étagère ou vérifier sans cesse les notifications de ton téléphone. Quand c’est possible, délègue ou limite l’énergie que tu y consacres.
  1. Ni urgent ni important : ces tâches sont de vrais pièges du quotidien. Scroller indéfiniment sur les réseaux sociaux, ranger obsessionnellement un tiroir, vérifier sans cesse ses mails non urgents… toutes ces petites activités qui t’occupent mais ne t’apportent rien. Plutôt que de les remettre à plus tard, la meilleure stratégie est de les supprimer ou de les limiter fortement. Elles te volent de l’énergie et t’éloignent de ce qui compte vraiment.

Prends une feuille. Dessine ce tableau. Et la prochaine fois que tu te sens submergée, note chaque tâche dans la bonne case. Tu verras vite que tout n’est pas aussi urgent que ton cerveau voudrait te le faire croire.

Concrètement, ça change quoi ?

Imagine : tu as plusieurs tâches en tête dès ton réveil.

  • Tu dois appeler l’infirmière pour décaler un rendez-vous (important et urgent).
  • Tu dois remplir un dossier administratif qui doit être envoyé dans quinze jours (important mais pas urgent).
  • Tu as reçu trois messages WhatsApp auxquels tu pourrais répondre tout de suite (urgent mais pas important).
  • Tu as envie d’ouvrir Instagram pour t’échapper un peu, “juste pour passer le temps” (ni urgent ni important).

Si tu ne prends pas le temps de réfléchir, tu vas probablement répondre aux messages d’abord — parce que ça semble rapide et que tu auras la satisfaction de “rayer “ quelque chose de ta to-do list. En attendant, le dossier administratif reste en attente, prêt à se transformer en urgence de dernière minute

En hiérarchisant, tu choisis différemment. Tu t’occupes d’abord de l’infirmière, puis tu bloques un créneau pour le dossier administratif. Et tu décides consciemment de laisser les messages pour plus tard. 

Résultat : moins de stress, plus de clarté.

Chère Fabuleuse, rassure-toi : tu n’as pas besoin de devenir une experte en organisation. Ce n’est pas ton rôle, et ce n’est pas ce qu’on te demande. Mais tu peux, chaque jour, faire un petit pas vers plus de sérénité.

Alors demain matin, avant de te jeter tête baissée dans la tornade telle une poule sans tête, prends deux minutes. Respire. Écris les trois choses les plus importantes de ta journée. Juste trois. Et fais-les avant de te disperser dans le reste.Tu verras : tout n’est pas urgent. Tout n’a pas la même valeur. En apprenant à distinguer l’urgent de l’important, tu offres à ton proche une aidante plus présente. Et toi, tu t’offres un peu d’air dans le tourbillon du quotidien.



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Cet article a été écrit par :
L’équipe des Fabuleuses aidantes

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