face cachée
Conjoints aidés

Faire comme si !

Axelle Huber 28 novembre 2022
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– Salut ! Ça va !

– Oui bien ! Et toi ?

– Oui moi aussi. Ça va, ça va !

Et la discussion continue comme si de rien n’était.

Il arrive dans nos vies de Fabuleuses aidantes — et même de Fabuleuses tout court — que l’on fasse comme si de rien n’était, comme si l’on ne souffrait pas si intensément. Parfois on veut bien le laisser sortir un tout petit peu, cet os qui vous ronge : épreuves qui paraissent aussi hautes que l’Himalaya mais que nous dépeignons aux autres comme de touts petits cailloux, « si petits que je ne les sens pas ! ».

Tu me répondras certainement : « Heureusement que parfois je ne dis pas tout ce qui me passe par la tête, ou dans le corps ?! Et encore moins au premier venu ! Déjà que je me sens seule. Alors si je disais tout et tout le temps ce que je ressens, je me retrouverais vite seule, délaissée et naufragée, sur une île déserte. »

Oui, c’est possible.

Et d’ailleurs, heureusement, notre cerveau adulte est bien fait, nous avons cette faculté inhibitrice (que nos chères têtes blondes et moins blondes n’ont pas encore totalement acquise).

Soyons claires : il est bien normal et naturel de ne pas tout dire, cela signifie que nos filtres fonctionnent bien.

Il arrive aussi qu’envers certaines personnes, souvent maladroites ou parfois toxiques, nous taisions sciemment nos souffrances parce que nous savons en conscience que les exprimer ne nous aiderait pas du tout. 

Comme souvent, nous pouvons nous poser la question de l’intensité et de la récurrence de ces comportements régulièrement dépeints en consultation de coaching et en thérapie.

Chère Fabuleuse, je viens ici t’interroger sur les moments de ton quotidien où systématiquement et envers tous — et souvent inconsciemment — tu déplores des “petits riens” au lieu d’accuser le coup et d’exprimer ta douleur. Ou encore les fois où tu mets beaucoup d’énergie à te cacher de toi-même et des autres.

Pourquoi fait-on cela ?

Ce peut être un syndrome du “sur-optimisme” qui peut être profondément ressenti et affiché. Certaines peuvent éprouver un réel optimisme un peu béat et angélique.

D’autres procèdent par autosuggestion pour se couper de la douleur, à la fois de la sienne et de celles des autres. S’active alors un système de déni de la réalité, que l’on retrouve très normalement dans le processus du deuil sans qu’il ne dure. Pour certaines, cela peut durer un peu plus. Chère Fabuleuse, si c’est ton cas, je viens t’aider à mettre un peu de lumière.

« Moi, oui, ça va ! »

C’est un peu l’histoire de Gabrielle qui « fait comme si » l’épreuve de la maladie de son fils n’était rien. Ou bien aussi celle de Sophie qui « fait comme si » elle ne souffrait pas du cancer de son époux. Ou encore celle de Ludmila qui ne parle jamais de l’épreuve de son fils amputé d’une jambe pour, dit-elle, ne pas « donner trop d’importance à cela ».

Parfois on se blinde tant que l’on ne voit même pas ou même plus ce qui fait si mal.

C’est une forme de politique de l’autruche en quelque sorte. On met sa tête dans le sable. On tait ce qui fait si mal et l’on enterre sa souffrance et son mal être profondément. Très profondément. Pour les cacher. Comme un secret. 

Alors on affiche un sourire perpétuel sur son visage, on ouvre la porte de sa maison, on dépense tant d’énergie à cacher soigneusement à son entourage son moral en berne.

« Tout va très bien, madame la Marquise, je vous le dis, je vous l’affirme et je tente d’y croire (un peu) ». Et parfois, peu à peu, on prend cette habitude de se cacher derrière son sourire, derrière son humour ou derrière je ne sais quoi.

Au fond, c’est toujours une histoire de paraître, de porter un masque.

À l’intérieur on a beau se sentir parfois comme un zombie, on se montre en super-héros en surjouant cette bonne humeur. Parfois, ce masque vous habille comme une seconde peau. C’est alors qu’on entre dans une dissonance. On déplore un « tout petit rien ».

Contrôler son image.

Et on s’interroge : « Comment l’autre me verrait-il, me jugerait-il s’il savait combien mon cœur déborde de vide, de colère, de culpabilité ? Et si mon appartement est propre et accueillant (ou pas), comment l’autre me verrait-il, me jugerait-il s’il savait combien à l’intérieur de moi, c’est un champ de ruine ? Je suis dévastée. Mais je serre les dents, je serre les fesses, je rentre mon ventre, j’ignore ma boule au ventre et je me lance des “Maîtrise-toi, mon petit”. Je n’ai pas le droit de défaillir, pas le droit de dire non, pas le droit de m’arrêter. Juste le droit de me taire et de faire comme si. Rester dans le cadre, ne pas dépasser, ne pas faire de vagues ni donner trop d’importance à ce qui pourtant ressemble à un tsunami dans ma vie et rester cette gentille petite fille qui fait comme si.

Allez, ce n’est qu’un mauvais moment à passer. Surtout, ne pas montrer ma faiblesse, combien j’en ai ras le bol et combien c’est trop dur ! Je rentre dans ma carapace. À l’intérieur je pleure et à l’extérieur je souris. 

Côté pile : je montre un visage toujours enjoué, souriant, positif et qui parfois, honnêtement, laisse mon entourage mi admiratif, mi perplexe voire incrédule devant tant de positif affiché face à tant de souffrance.  

Et côté face… Non, le côté face, je ne le montre pas, jamais, ou si peu. 

Alors je continue à afficher un sourire sur ma face, un petit coup de rouge à lèvres. Ces lèvres au bord du gouffre. Et je réprime un cri qui pourtant aurait tant besoin de sortir. Oui, je gère un max cette situation, la maladie, l’handicap, l’aidance, et tout le tintouin. »

Chère Fabuleuse, oui c’est ok de craquer parfois, de hurler sa douleur. Et de faire sauter le vernis lisse qui t’encombre et t’étouffe parfois. 

Faire semblant.

De quelles blessures ce comportement parle t-il ? Abandon, rejet, humiliation, trahison, injustice ?

Que crains-tu, chère Fabuleuse ? De quoi aurais-tu peur ou honte ? Du jugement des autres, de leur regard ? 

Et que crois-tu ? Peut-être as-tu la croyance qu’il « faut être fort », « parfait », « faire plaisir » que « ce qui ne tue pas rien plus fort » et qu’il te faut être un « bon petit soldat », ou que sais-je encore. Ou peut-être que « les autres ne comprennent rien » et « que personne au monde ne peut aider à porter un peu »

Peut-être as tu besoin que l’on t’admire ? Ou peut-être crains-tu que les autres se servent de tes fragilités contre toi  ?

Chère Fabuleuse,

Laisse-moi te prendre dans les bras et te parler en vérité et avec la plus grande douceur. Sûrement ce masque a t-il été utile et t’a-t-il protégée dans un mécanisme inconscient, à un moment de ta vie, mais peut-être nuit-il aujourd’hui à tes ressources pour faire face à tes difficultés d’aidante. 

Alors, quand le moment sera venu pour toi, tu pourras faire voler en éclats cette façade.

Chère Fabuleuse, c’est très dur de souffrir mais ce n’est pas une honte que de la vivre et de la dire. Et tu n’es pas la seule. Non, tu n’es pas seule.

Tu le sais, chez les Fabuleuses aidantes, nous aimons bien les listes et les moyens concrets pour avancer, alors je te propose de lister les choses ici que tu veux cacher aux autres, afin de faire de la lumière en toi : tes épreuves, difficultés, boulets, souffrances. 

De touts petits riens ou de gros petits riens ? Tu  peux y aller. C’est normal de ressentir que sa barque est chargée. Elle l’est, objectivement. Et c’est normal et bon de “sortir” le poids de cette souffrance.

Et si à présent tu réfléchissais à l’une de ces difficultés en l’exprimant à quelqu’un professionnel ou proche — qui pourra t’aider à avancer ? Puis à une seconde personne, puis une troisième ? Et si à présent tu lâchais un peu de cette image de wonderwoman pour montrer une part de ta vérité ? Et si c’était là un premier pas vers une moindre souffrance ?

Pour te retrouver. 

J’y crois. Foncièrement.

Je te propose de conclure avec une note d’humour et je te laisse avec ce dialogue en chanson entre James et Madame la marquise :



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Cet article a été écrit par :
Axelle Huber

Mariée en 2003, j’ai eu 4 enfants entre 2004 et 2008. En 2010, mon mari Léonard est diagnostiqué atteint de Sclérose Latérale Amyotrophique (SLA). Le quotidien est parfois difficile entre ma vie d’aidante pour lui, nos 4 très jeunes enfants, le lancement de mon entreprise après 10 années d'enseignement. La maladie grignote du terrain et Léonard meurt en 2013. Je décide alors d’écrire un livre Si je ne peux plus marcher, je courrai (éditions Mame 2016), témoignage qui se veut un hymne à l’espérance au coeur des difficultés. J’interviens régulièrement sur les thèmes de la résilience, de l’espérance et me forme ensuite pendant 3 années au coaching. Je suis très heureuse aujourd’hui d’accompagner les personnes confrontées à la maladie, au handicap et au deuil — en individuel ou au groupe — sur les enjeux émotionnels, relationnels et de connaissance de soi afin de les aider à se réaligner avec leur élan de vie.

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