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Enfants extraordinaires

Enfant différent, maman différente

Une Fabuleuse aidante 8 avril 2024
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Le pop-corn est préparé dans le même bol, à la même température, dans la même huile et pourtant les grains n’éclatent pas au même moment. Ne comparez pas votre enfant aux autres. Il fera “POP” quand son moment sera venu.

Je m’appelle Joanna, je suis orthophoniste en libéral. Mon quotidien est peuplé d’enfants différents : j’en vois tous les jours, plusieurs fois par jour.

Vous me direz, « tout le monde est différent, c’est ça qui fait la richesse de ce monde ». Et je suis bien d’accord.

Mais mes petits patients sont différents différemment.

Ce n’est pas une question de couleur de cheveux, de peaux, ou de culture. 

Non, leur différence se place dans l’écart à la norme. Ceux qui ne rentrent pas dans les cases de l’école ou de la société, souvent les deux.

Mon métier consiste à les amener à faire “Pop”. Parfois ça va vite, parfois c’est plus long, parfois ce n’est que partiellement parce qu’il y a besoin de plus que moi, ma bonne volonté et ma bienveillance.

Parfois, je n’y arrive pas.

Il arrive que le grain n’éclate pas. Je ne devais pas avoir le bon bol, ni la bonne température, ni la bonne huile.

Il faut tout un village pour élever un enfant… et un parent.

Des enfants différents, j’en vois tous les jours. Et des parents aussi, surtout des mamans. Parfois elles viennent avec nous dans le bureau. Parfois, elles restent dans la salle d’attente et je leur offre 30 minutes de pause dans un quotidien mouvementé.

Quand tu deviens maman, tu dois faire le deuil de deux choses (outre les nuits complètes et les grasses mat’) : celui de l’enfant parfait, et celui de la mère parfaite.

Mais quand tu deviens maman d’un enfant différent, tu dois aussi faire le deuil de l’enfant “normal” et d’une vie “normale” pour ton enfant et toi. 

Il te faut inventer ta propre normalité.

Que ce soit une différence passagère ou à perpète, elle apporte avec elle son flot de questions et d’inquiétudes.

« Est-ce que ça va passer ? »

« Est-ce qu’il finira par faire ses nuits ? par manger comme nous ? par parler ? »

« Est-ce qu’il sera propre ? »

« Est-ce que mon enfant deviendra autonome ? »

« Et que se passera-t-il quand je ne serai plus là ? Est-ce qu’il sera aimé ? »

« Et moi, comment faire pour concilier une vie professionnelle avec les X rendez-vous par semaine chez les spécialistes et les kilomètres avalés ? »

« Et d’abord, est-ce que je vais réussir à trouver un spécialiste digne de ce nom pour s’occuper de lui ? »

« Comment faire pour avoir 5 minutes pour moi quand je n’ai personne pour prendre le relais auprès de mon enfant ? »

Que ce soit une différence passagère ou à perpète, je reçois ces mamans un peu différentes, elles aussi. Elles sont fatiguées, lessivées, démunies souvent, perdues parfois. Mais elles sont aussi d’une force incroyable, d’une persévérance à toute épreuve et d’une créativité indéniable.

Parce qu’il faut de la force, de la patience, de la persévérance et de la créativité pour faire avancer son petit d’homme dans un monde semé d’embûches, de dossiers administratifs lourds comme des parpaings, de portes qui se ferment et de jugements hâtifs et apeurés face à l’inconnu.

Ce que je sais de tous ces enfants qui ne rentrent pas dans les cases, 

c’est qu’ils peuvent être étonnants dans ce qu’ils arrivent à développer, dans leur façon de percevoir le monde qui les entoure, dans les tout-petits pas de fourmis géantes qu’ils font parfois.

Ce que je sais de ces mamans différentes,

c’est qu’elles se sentent parfois seules au milieu de cette tempête. La comparaison peut être un fléau…mais si chaque enfant évolue selon un rythme propre, il en est de même pour chaque maman. J’aimerais dire à ces “wondermamans” qu’elles ne sont pas seules, qu’elles ne sont pas les seules.

Et qu’il existe un village pour elles, pour ces mamans différentes qui ont besoin de prendre aussi soin d’elles. Un endroit où poser leur sac de temps en temps. À toi, maman différente d’un enfant différent, sache que la porte des Fabuleuses aidantes t’est ouverte et que tu seras toujours la bienvenue. 

Ce texte nous a été transmis par une fabuleuse orthophoniste, Joanna Pocheton



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