Parents vieillissants

D’où je parle. Regards croisés

Une Fabuleuse aidante 22 février 2021
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« Je suis fatiguée, pourtant je viens à peine de me lever du lit. 

Avant d’avoir 80 ans je disais à ma petite fille : « Dis donc, je ne suis pas encore dans la catégorie des vieux ! ». Maintenant, à 86 ans, je sais que je vis mes dernières années. Ce ne sont pas vraiment les plus belles, rythmées par le marché et la messe hebdomadaires mais aussi par les enterrements de mes proches.

J’essaie d’organiser ma journée. Chaque chose que je prévois me prend beaucoup plus de temps aujourd’hui qu’elle ne m’en prenait hier. Chaque chose me prendra encore plus de temps demain, je le sais. Cette idée me fait du souci.

Je regarde mon mari qui a « perdu la tête ».

Il passe le plus clair de son temps assis sur le fauteuil, à relire les mêmes lignes du journal local ou bien à faire le tour du salon en demandant encore et toujours quels sont les prénoms des visages accrochés au mur. Je dois l’aider même si moi aussi je commence à avoir besoin d’aide. Je sens que je m’use.

De mon temps, les anciens n’étaient jamais seuls dans les campagnes. Les enfants et petits-enfants vivaient avec eux pour ne pas les abandonner au moment où ils avaient le plus besoin d’aide. 

C’était un juste retour des choses après tout, non ? 

Aujourd’hui, ma fille « passe nous voir ». Comme le vent qui serait à la fois une brise légère, elle vient et repart aussitôt sans laisser de trace, et à la fois un ouragan, impatiente, dure, sans mots.

Je ne sais plus où est ma place dans la société, je crois que je n’en ai plus. 

J’attends avec impatience la prochaine photo de mes petits enfants dans la boîte aux lettres. Aujourd’hui ce sont ces petits plaisirs simples qui nous aident à continuer le chemin. »


« Je suis épuisée de ses allers retours entre mon travail, ma maison, leur maison. Quand je franchis la porte de chez eux, je suis plusieurs à la fois, comme écartelée. 

À bientôt 60 ans, je suis toujours un peu l’enfant de mes parents…

Mais que reste-t-il de leur fonction auprès de moi ?

La réponse m’apparaît un peu plus chaque jour chaque jour comme une évidence et je m’effondre de l’intérieur. 

Je suis aussi la mère qui redoute qu’un jour ses enfants ressentent cette exigence assommante de devoir être à la hauteur. Veiller à ce que l’administratif soit à jour, la sécurité dans la maison au point, gérer le planning des aides-soignantes, se libérer pour les rendez-vous médicaux et leur sourire, même les jours où je n’en ai pas très envie. 

J’aimerais parfois fermer les yeux sur cette histoire de la vie qui me place à mon tour au rang d’aidante de mes parents. Parfois même je le fais, ras le bol. 

Alors, ma meilleure ennemie entre sans frapper, son nom c’est Culpabilité. J’ai souvent du mal à m’en débarrasser. A cause d’elle je dois souvent sacrifier mon temps personnel pour aider, même quand je suis à bout d’énergie.

Je sais que ma place est là, près d’eux, comme une béquille, mais sans perdre mon propre équilibre. En voilà un défi !

Je regarde avec tendresse leurs bonheurs simples quand ils reçoivent une photo de leur descendance et cela me redonne du courage. »


« Quand je vois mes grands-parents j’essaie de les imaginer à mon âge et même d’imaginer qu’ils ont eu mon âge… Pas facile comme exercice ! 

 Je me demande pourquoi mère nature n’a pas gardé nos meilleures années de vie pour la fin ? Un peu comme une juste récompense après de longues années passées à travailler et à élever nos enfants.

J’ai envie de les aider au mieux.

Quand je suis avec eux je suis même traversée par l’idée de les garder chez moi ! D’abord pour qu’ils ne soient plus seuls face à leur route qui doucement arrive au bout. Aussi, pour qu’ils puissent être du côté de la vie avec la nouvelle génération qui donne le sourire. Enfin, parce que j’ai le sentiment de pouvoir les protéger d’un malheureux accident du quotidien. 

Mais je ne ramène pas mes grands-parents chez moi. La vérité c’est que je ne saurais vivre sereinement ce dévouement total.

Ma grand-mère dit que de son temps les jeunes s’occupaient beaucoup plus de leurs aînés, elle semble ne pas comprendre le comment du pourquoi, aujourd’hui, les choses ont changé. Moi-même je me pose la question.

Était-ce mieux avant ?

Etions nous vraiment moins égoïstes et plus altruiste ? Le développement personnel est-il un leurre à côté du sentiment d’utilité, voire de dévouement, auprès d’un proche ? Qui sait vraiment répondre ?

J’envoie toutes les semaines à mes grands-parents des photos de mes enfants et de la famille que j’ai fondée à mon tour. C’est ma façon à moi de les aider. Je sais le bonheur qu’ils ont de lire les petits mots et de voir nos visages heureux.                                                                                

Je crois qu’ils se sentent mieux exister quand ils savent qu’on pense à eux. »

Ce texte nous a été transmis par une Fabuleuse aidante, Gabrielle



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