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Enfants extraordinaires

Tu ne peux pas aider tout le monde

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Tu sortais les poubelles sur le trottoir quand ta voisine d’en face est sortie avec son déambulateur. Elle te sourit et, d’une voix un peu hésitante, te demande si tu peux l’aider cinq minutes à rebrancher sa télé qui ne fonctionne plus. Tu hésites un instant. Ton corps est fatigué, ton esprit déjà saturé, mais une petite voix te souffle qu’il serait impoli de dire non. Tu sais que tu devrais peut-être refuser, mais tu avances vers sa maison.

Tu regardes les fils, tu tâtonnes, tu appuies sur des boutons, tu essaies de comprendre… mais rien ne fonctionne. Tu sens ton cœur se serrer, pas à cause de la télé, mais parce que tu sais que chaque minute que tu passes ici est une minute volée à tes enfants, à toi-même. Tu rentres chez toi, frustrée, épuisée, et surtout… coupable. Coupable de ne pas avoir réussi, coupable de ne pas pouvoir toujours être disponible, coupable de ne pas être l’aidante parfaite pour tout le monde.

Cette situation te parle ?

La fatigue, le sentiment de ne jamais en faire assez, le poids de responsabilités si lourdes sur tes épaules. Tu réalises alors que cette demande, qui semble anodine, est en réalité “de trop”. Tes journées sont déjà remplies à ras bord : ton fils cadet hyperactif a besoin d’aide pour gérer ses routines et ses impulsions, ton fils aîné atteint d’autisme a besoin de soutien pour déchiffrer un monde qui lui semble parfois hostile… Tu portes déjà un poids immense, même s’il ne se voit pas toujours.

Tu repenses à toutes ces petites demandes du quotidien que tu acceptes malgré toi : 

aider un voisin à porter ses courses, répondre à un message urgent pendant que ton enfant fait une crise, organiser la buvette pour la prochaine kermesse de l’école. Chaque fois, tu te dis que ce n’est pas grand chose, juste quelques minutes… mais ces quelques minutes s’additionnent et s’accumulent. Et là, face à cette télé que tu ne parviens pas à brancher, tu comprends que tu atteins une limite. Que parfois, “juste cinq minutes”, ça peut être trop quand ton quotidien ressemble déjà à une course effrénée.

Quelques heures plus tard, tu croises une autre voisine, avec qui les échanges sont toujours agréables. Tu lui racontes ce qui vient de se passer, et elle t’écoute. Puis elle te dit doucement : « Tu sais, il faut te protéger. Elle a tendance à prendre beaucoup de place, à appeler à l’aide pour tout et rien. Fais attention. »

Tu hoches la tête, mais au fond de toi, la culpabilité ne s’efface pas. 

Elle reste, là, dans un coin, elle te rappelle que tu aurais pu faire plus. Et c’est normal. Chaque aidante connaît ce tiraillement : la volonté d’aider, le besoin de se protéger, la culpabilité de dire non. Sauf que la vérité, c’est que dire non est souvent la décision la plus responsable et la plus sage que tu puisses prendre. Chaque minute que tu passes à aider quelqu’un d’autre au-delà de ta sphère de responsabilité est une minute que tu ne passes pas avec ceux qui dépendent de toi. Et ça, tu as le droit de le respecter.

Chère Fabuleuse, 

Être aidante, c’est naviguer entre les sollicitations de l’extérieur et la réalité de tes propres limites. Tu n’as pas à porter tout le poids du monde sur tes épaules. Apprendre à poser des limites, ce n’est pas de l’égoïsme : c’est de la survie. C’est comprendre que ton énergie est précieuse et que ta place est d’abord auprès de ceux qui dépendent le plus de toi, auprès de ceux que tu accompagnes chaque jour. Chaque demande extérieure que tu refuses n’est ni un échec ni une lâcheté : c’est une stratégie pour tenir sur la durée, pour rester disponible pour ce qui compte vraiment.

Et puis, sache que tu n’es pas seule. Toutes les aidantes qui vivent un quotidien tel que le tien connaissent ce mélange de fatigue et de culpabilité.Reconnaître tes limites ne te rend pas faible, ça te rend réaliste et prévoyante. Ça te permet de continuer, encore et encore, sans couler à pic.

Alors, la prochaine fois qu’une demande semble “de trop”, rappelle-toi : tu fais déjà assez. 

Tu donnes déjà tant à ceux qui comptent le plus. Lâcher prise sur ce que tu ne peux pas contrôler ou réparer n’est pas un échec, mais un choix conscient pour préserver ce qui est essentiel. La vie d’aidante est faite de sacrifices, oui, mais aussi de décisions sages qui protègent ton énergie.

Chère Fabuleuse, sois douce avec toi-même. Rappelle-toi que tu n’as pas besoin de tout porter. Tu n’as pas à aider tout le monde. Tu as juste à être là pour ceux qui te comptent vraiment. Et c’est déjà suffisant pour aujourd’hui.



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Cet article a été écrit par :
L’équipe des Fabuleuses aidantes

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