Chère fabuleuse aidante,
Ce matin, je voudrais te remettre toutes les médailles qui te reviennent de droit. Honorer tous ces gestes quotidiens que tu poses sans qu’ils ne soient vus, compris ou même valorisés.
J’aimerais te dire tout haut tous les mercis qu’on te murmure à peine.
J’aimerais que tu te sentes remarquée, appréciée et que tu saches que tu fais partie d’une communauté large, riche et diversifiée : celle des proches aidants.
Aucun tapis rouge, aucun prix, aucune croix du mérite ne pourraient suffire à te rendre tout ce que tu donnes.
Ce ne sont que des mots bien sûr, mais ils viennent du cœur, ils sont pour toi et je t’invite à les accueillir.
À toi, fabuleuse aidante, je dédie la médaille de l’amour.
L’amour vrai, celui qui a traversé les intempéries de la vie et qui se décline en présence, en temps, en sacrifices, en mille et un gestes et attentions au quotidien. L’amour qui enveloppe, qui adoucit et qui propulse vers de meilleurs lendemains.
À toi, fabuleuse aidante, je dédie la médaille des muscles fatigués.
Ces muscles qui donnent toute leur force pour porter, soulever, laver, nourrir, consoler, conduire, aider… Ces muscles qui, parfois fébriles, trouvent quand même l’énergie d’œuvrer. Ces muscles, inconditionnellement dédiés au service de l’Autre. Celui qu’on aime, que l’on chérit et que l’on soutient sans limites.
À toi, fabuleuse aidante, je dédie la médaille de l’humour.
Cet humour qui balaye la honte, qui redonne de la force, du sens, et de la légèreté à une vie parfois pénible. Cet humour qui vient apaiser les crises et panser les blessures de l’âme. Sache que tes éclats de rire font tomber bien des murs et des préjugés.
À toi, fabuleuse aidante, je dédie aussi la médaille des genoux pliés.
Ceux sur lesquels tu t’appuies si souvent pour être à la bonne hauteur. Pour enfiler une chaussure ou la fermer, pour aider quelqu’un à s’habiller, à se laver, ou pour ramasser, une fois de plus, ce qui est tombé.
À toi, fabuleuse aidante, je dédie la médaille du cerveau qui ne s’arrête jamais.
Ce cerveau qui gère, qui note et qui retient. Ce cerveau qui parfois oublie mais qui pense à demain. À après-demain. À l’année prochaine comme à la minute qui vient. Comme pris dans un jeu de Tetris fou, sans répit, il s’évertue à TOUT faire tenir dans ces journées qui n’ont que 24 heures.
À toi, fabuleuse aidante, je dédie la médaille de l’inventivité.
Celle qui sauve lorsque les obstacles dépassent de loin les solutions mises à disposition. Celle qui trouve les remèdes aux horizons obstrués. Celle qui, enfin, ne fuit pas les difficultés mais les embrasse avec ingéniosité. Tu t’adaptes, tu inventes, tu deviens l’architecte de tes propres méthodes pour améliorer, autant que possible, le quotidien.
À toi, fabuleuse aidante, je dédie la médaille des chemins de traverse.
Ceux que tu empruntes parce qu’il n’y a pas d’autre choix. Parce que la société ferme trop de portes. Alors tu explores des possibilités inattendues et des sentiers inédits. Tu refuses qu’un “non” soit une réponse suffisante. Tu continues, coûte que coûte, de bifurquer, de contourner, de tâtonner pour avancer.
À toi, fabuleuse aidante, je dédie la médaille de super détective.
Cette enquêtrice qui rassemble les indices, se pose des questions, cherche des réponses et ne se contente pas d’explications à la va-vite. Cette “tête chercheuse” de solutions, de nouveaux traitements, de pistes audacieuses pour soulager et mieux accompagner. Toujours en mouvement, jamais au repos, dans un allant continuel pour comprendre, aider et assister.
À toi, fabuleuse aidante, je dédie la médaille de l’artiste funambule.
Parce que tu jongles avec mille réalités à la fois sur une corde raide tendue au-dessus d’un précipice. Avec des réalités fragiles qui te glissent des mains et que tu as peur de briser. Des réalités massives sous lesquelles tu ploies et qui te tirent vers le bas. Des réalités biscornues qui échappent à tes doigts agiles. Et pourtant, chaque matin, tu recommences. Chaque nuit, tu es là. À chaque crise, tu es présente. Tu jongles avec brio dans cet équilibre chancelant, éreintant, mais tu tiens bon. Fabuleuse Funambule. Peu de gens connaissent l’intensité de ta vie et la densité de tes soucis.
À toi, fabuleuse aidante, je dédie aussi la médaille des forces insoupçonnées.
Parce qu’au cœur de ce tourbillon, tu vas puiser en toi des ressources dont tu n’imaginais même pas disposer. Parce que tu tiens, par amour et par devoir: ne pas être là n’est pas une option. Tu avances, tu t’informes, tu insistes, tu négocies, tu défends bec et ongles les droits de ton aidé. Tu portes, tu soutiens, tu soignes. Tu crées du beau, du bon, de la bienveillance, du sourire et du rire à l’endroit où le quotidien parfois se ternit.
Alors oui, mes petites médailles, mes mots, mes pensées sont bien peu face à tout cela.
Mais je ne me lasserai pas de les dire, de les écrire, de les porter haut et fort.
Parce que nous devons comprendre combien la qualité de vie des proches aidants est essentielle. Combien de leur équilibre dépend la stabilité d’une partie de notre monde. Combien ils sont les piliers discrets d’un univers tout entier. Un monde invisibilisé mais bien réel.
Une partie intégrante de notre humanité.
Il est donc primordial que nous passions à l’action pour les soutenir concrètement. Émotionnellement, physiquement, socialement et financièrement.
Chère fabuleuse aidante, j’aimerais tant que ce monde, qui tourne à une vitesse folle, t’offre enfin l’attention, la reconnaissance, la compréhension et le soutien auxquels toi et ton aidé avez droit. Car, comme le disait Jimmy Carter : « La mesure d’une société se trouve dans la manière dont elle traite ses citoyens les plus faibles et les plus démunis. »
C’est donc une nouvelle fois à toi que je dédie : tous ces mercis, tous ces bravos, toutes ces médailles, ces haies d’honneur et bien plus encore.
Pour que tu saches que tu comptes. Que tu n’es pas seule.
Que le monde a besoin de toi et que tes efforts ne sont pas vains. Que les distinctions, enfin, n’auront jamais autant de valeur que la force de ton engagement et que tu mérites bien plus qu’un quelconque trophée.



