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Ras-le-bol d’être “l’aidante”

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Tu en as assez. Vraiment assez. Assez d’entendre parler d’« aidance », comme si ce mot pouvait résumer tout ce que tu es, tout ce que tu vis, tout ce que tu ressens. Assez de ces phrases toutes faites qui te tombent dessus à longueur de journée : 

« N’oublie pas de prendre soin de toi »

« Tu dois penser à ta santé »

« Il faut que tu te ménages un peu »

« Respire, tu devrais souffler »

« N’oublie pas de te reposer »

Comme si ces mots, répétés à l’infini, pouvaient réparer la fatigue, combler le vide de tes nuits interrompues, effacer les heures où tu n’as rien qu’à encaisser.

Tu as l’impression que tout le monde sait ce qu’il te faudrait faire, mais que personne ne se soucie vraiment de ce que tu ressens. Les mots passent, bienveillants mais distants, et ne rencontrent jamais ta fatigue, ton ras-le-bol, ta réalité quotidienne.

Tu sais qu’il faut faire attention à toi. 

Tu sais qu’il faudrait que tu prennes du temps pour toi. Tu sais qu’il faudrait que tu souffles, que tu respires, que tu fasses une pause. Et pourtant, tu ne peux pas. Pas vraiment. Parce que la vie continue, parce que celui que tu aides a ses propres besoins, parce que tes responsabilités sont là, comme des pierres sur tes épaules. Chaque jour, tu te lèves avant l’aube, tu prépares ce qu’il faut, tu vérifies que tout est en ordre, tu cours d’une tâche à l’autre, tu ajustes ton planning, tu enchaînes des rendez-vous, des urgences, des imprévus. Et à chaque moment, tu sais que ton corps hurle, que ton esprit fatigue, que ton cœur s’épuise, mais il faut continuer.

Alors tu gardes tes mots pour toi. Tu caches ton ras-le-bol derrière un sourire poli, derrière des réponses automatiques, derrière ce calme que tu essayes de maintenir malgré le tremblement intérieur. Parce que montrer que tu en as marre, ça ne se fait pas. Tu n’as pas le droit, ou du moins c’est ce que tu crois. Tu te dis que les autres devraient comprendre, mais comment pourraient-ils comprendre ? Ils ne savent pas. Ils ne voient pas ce que toi tu vois. Ils ne portent pas ce que toi tu portes. Ils ne vivent pas ce que toi tu vis.

Et pourtant, à l’intérieur, tout bouillonne.

Une colère sourde qui monte quand quelqu’un te dit encore : « N’oublie pas de t’accorder des moments pour toi », « Pense à toi », « Tu ne peux pas tout faire toute seule ». Comme si ces mots pouvaient effacer l’épuisement, comme si ces mots pouvaient remplir le vide de tes nuits sans sommeil, de tes journées interrompues, de ce temps qui n’est jamais vraiment à toi. Tu veux juste qu’on entende ton ras-le-bol. Pas qu’on te donne des conseils. Pas qu’on te rappelle tes limites. Juste qu’on entende que tu en as assez.

Tu sens ce tiraillement constant : tu tiens profondément à ton proche, tu veux être là pour lui, partager son quotidien, la soutenir… et pourtant, tu détestes les sacrifices que ce rôle t’impose, la fatigue qui te ronge, la sensation de perdre une part de toi-même à chaque jour qui passe. Parce que tu es bien plus qu’une aidante : tu es femme, mère, épouse, amie, bénévole, professionnelle… une personne avec des rêves, des envies, des obligations, et pourtant tout cela semble disparaître derrière ce rôle. Et tu te reproches d’être fatiguée, irritée, parfois impatiente, comme si toutes ces émotions étaient incompatibles avec l’amour que tu éprouves.

Tu te surprends à rêver de moments volés :

Une promenade seule, un café chaud sans interruption, un livre ouvert sur tes genoux, juste pour sentir que tu es encore toi. Mais ces rêves semblent presque inaccessibles, et la culpabilité revient aussitôt : « Comment peux-tu penser à toi alors que… » Et ce « alors que » pèse sur chacune de tes pensées. Tu te sens coupable de la colère qui monte quand tu dois répéter encore et encore les mêmes gestes, les mêmes paroles, les mêmes soins. Tu voudrais crier, pleurer, t’effondrer, mais tu continues. Toujours. Parce que c’est ce que tu fais, parce que c’est attendu, parce que ce rôle ne s’arrête pas.

Tu voudrais pouvoir dire « Stop ». 

Mais dire stop, ça ne suffit pas. Dire stop ne change pas le monde. Dire stop ne change pas la vie de la personne que tu aides. Dire stop ne change pas tes nuits, tes heures de tension, ton corps qui hurle mais que tu ignores. Alors tu continues. Tu continues avec ce ras-le-bol en bandoulière, invisible mais présent à chaque pas.

Alors tu respires. Et ton souffle te rappelle que tu existes, toi, avant tout le reste.

Et c’est peut-être ça, le premier pas. Reconnaître que tu en as assez. Que c’est normal. Que c’est légitime. Que tu n’as pas à sourire, à écouter, à encaisser, à être forte tout le temps. Que tu peux juste être. Et que ça suffit. Pour l’instant, ça suffit.



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CTA stop à l'epuisement

Cet article a été écrit par :
L’équipe des Fabuleuses aidantes

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