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Enfants extraordinaires

Prise en sandwich : les bons réflexes

Rebecca Dernelle-Fischer 23 décembre 2025
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Chère fabuleuse aidante,

dans mon dernier article, je te parlais de la génération sandwich qui fait le grand écart entre la prise en charge de leurs enfants et de leurs parents vieillissants. Certaines d’entre nous se retrouvent aidantes, non seulement de leur enfant mais aussi de leur parent. Cette situation devient de plus en plus courante mais est encore fortement gardée sous silence. Ce silence, ces oubliettes dans lesquelles nos histoires sont cachées, il faut le briser et cela ne peut que se faire par nos mots ! Je t’encourageais à parler de ta situation. 

Changer la compréhension et les pratiques sociales commence toujours par un mouvement de révolte, par une visibilité qui s’accentue. 

S’ils ne nous voient pas, ne nous entendent pas, ne nous répondent pas, nous devons parler plus fort encore… jusqu’à ce que la place, l’aide et le soutien qui sont offerts aux familles aidantes deviennent réels, mieux adaptés et qu’ils vaillent enfin les efforts que nous faisons pour les obtenir. 

Mais, au-delà de cette prise de parole, quels seraient les réflexes que nous pourrions déjà acquérir pour mieux gérer les défis que présente cette situation pour nous, aidantes prises en sandwich ? J’ai cherché dans la littérature, dans les sites d’associations de proches aidants si je pouvais trouver quelques pistes à vous partager. Commençons par le constat que l’association visavie (une association Québécoise*) fait. 

Pour eux, voici les 5 principaux défis de la génération sandwich :  

  • La gestion de l’horaire
  • La gestion du stress
  • La conciliation travail-famille
  • L’équilibre dans la vie personnelle 
  • Les défis financiers

Je pense que c’est un résumé assez complet. Pour pallier ces défis, l’association nous conseille de prendre soin de nous, de communiquer, de chercher des solutions pratiques, de prioriser. Evidemment me diras-tu, évidemment, c’est le message qui nous est tout le temps donné « prendre soin de soi pour mieux prendre soin des autres » mais, c’est bien plus facile à écrire dans un article, qu’à vivre au quotidien. 

J’avais donc envie de creuser et d’aller au-delà du « fait une pause, passe le relais, ne t’oublie pas ». 

Pour se faire, j’aimerais qu’on parte de quelques verbes clés dans nos vies. 

S’informer 

Nous ne sommes pas tous experts en santé mentale, ni en droits des familles, ni en soins quotidiens d’une personne vieillissante. Gardons le réflexe de poser des questions, de chambouler nos préjugés, d’être curieux. Le fait de mieux comprendre le handicap, ou la démence, la dépression, nous permet de mieux réagir au quotidien (et aussi parfois d’être rassuré, de prendre un peu de distance salvatrice). 

S’exprimer

Il est important d’exprimer ce que nous vivons et ce dans le contexte adéquat. D’un côté, expliquer ouvertement au sein des groupes d’amis et de famille comment se passent les journées peuvent les aider à prendre leur responsabilité, à sortir de l’idée « ça a l’air de bien fonctionner, elle gère super bien, elle est aidante, moi je ne pourrais pas ». Vous n’êtes pas gageur de leur bonne conscience, pas besoin de garder la façade en bon état si derrière, tout s’effondre. Soyez vrai, secouez les gens si besoin mais ne vous laissez pas enfermer dans le rôle de Cendrillon qui soulage tout le monde sauf vous. Mais aussi, si les sentiments, les tempêtes, la frustration et toutes ces choses se mélangent en vous sans jamais avoir la chance d’être dites, vous portez vraiment un lourd fardeau, comme une pieuvre qui vous attrape dans tous les sens. Les groupes de paroles, les thérapeutes, les psys, sont là pour ça : pour que vous puissiez dire tout ce qui vous pèse, sans pour autant avoir l’impression d’écraser l’autre ni prendre le risque que l’on vous reproche vos pensées et émotions.  

Se réfugier 

C’est là un des grands défis de l’aidante prise en sandwich. Trouver un endroit pour déposer ce qui pèse, ce qui perturbe, ce qui crée des tremblements de terre internes massifs. Vers qui se tourner quand notre parent ne nous reconnaît plus ? Ne peut plus nous soutenir, quand nous nous sentons seule face à la tristesse, la colère, le deuil qui nous envahit peu à peu ? Vers qui aller pour poser sa lourde tête un instant sur une épaule bienveillante ? Certaines personnes essayent de ravaler ces bouffées d’émotions, d’autres les laissent exploser à tout va, certains deviennent amères envers tout le reste de la famille, de la société, d’autres se sentent débordés de tristesse et s’enfoncent dans un désespoir grandissant. Mais toutes ces émotions parlent, bougent, nous mettent en mouvement, et elles ont le droit d’être exprimées, déposées, validées. Elles ont le droit d’être entendues sans être jugées. Alors trouve ton lieu, celui où tu pourras parler en toute sécurité de toutes tes émotions. Si tu ne sais pas à qui parler, alors commence par contacter l’équipe des fabuleuses aidantes, à chercher des « alliées » qui pourraient t’écouter et laisser de la place à l’expression de tes tempêtes émotionnelles. 

Prioriser, tout en faisant des compromis 

Nous avons tous des valeurs qui nous sont importantes, des aspects de nos vies qui nous tiennent plus à cœur que d’autres. Nous essayons de tout gérer, de nous rester fidèles, tout en répondant à toutes les attentes (celles des autres mais aussi celles que nous avons envers nous-même). Et parfois, il faut jouer des coudes pour pouvoir enfin vivre ses propres valeurs. Elles ont besoin de place. A nous de chercher à comprendre ce qui nous est vraiment important et ce qui ne l’est pas. C’est le travail d’une vie entière que de devenir et de rester la personne que nous aimerions être. Et parfois nous devons nous donner un peu de lest, de faire des compromis, des concessions et accepter qu’être des « assez bons aidants » c’est déjà fabuleux.   

Déléguer 

Et oui, déléguer, que ce soit un peu, beaucoup, le faire sans gêne, sans trop réfléchir, … cela peut-être tellement difficile. Il faut s’entraîner, commencer par des petites demandes, accepter que les résultats soient différents de ce qu’on aurait fait, évaluer le coût et le bénéfice que nous apporte cette toute petite question « pourrais-tu ? ». Soulager les autres de leur sentiment d’impuissance en leur offrant la possibilité de mettre la main à la pâte (et espérer que cela nous soulagera aussi).  

Prendre du recul 

Quand un artiste peint un tableau, il a souvent besoin de prendre du recul pour voir « ce que ça donne », pour se faire une image plus juste de ce qu’il fait. Parfois, nous avons le nez tellement enfoncé dans notre quotidien, qu’on en perd l’orientation. La culpabilité en profite pour prendre la parole et nous balancer à la figure tous ses reproches « pas assez ceci, tu pourrais encore, pas génial tout cela, et quand feras-tu enfin… ? ». La culpabilité, on ne discute pas avec elle, elle n’a pas de perspective, elle répète juste ce qu’elle connaît et bien souvent, ça lui suffit pour nous mettre à plat. Face à elle, l’important, c’est de faire quelques pas en arrière et poser un regard gentil sur notre vie, notre manière d’être, ce que nous faisons bien… Tous ces petits cailloux que nous lançons sur la surface de l’eau et qui font des ricochets, des vagues, qui transforment notre petit monde. Se rappeler qui nous sommes, le chemin déjà parcouru, et voir tout le beau que nous créons autour de nous. Car, non, tu n’es pas QUE l’aidante de quelqu’un et non, la situation ne seras pas pour toujours comme elle l’est à ce jour et que oui, tu as déjà gagné tant de batailles, vécu tant d’aventures, tu peux te faire confiance, tu peux te féliciter, tu peux respirer et ne pas écouter la culpabilité : tu es une aidante fabuleuse, à ta manière, non, tu ne gères pas tout parfaitement, non, tu ne délègues pas facilement, non, tu n’as pas vraiment l’impression que ta vie a le rythme que tu aimerais qu’elle aie mais tu avances, tu es encore là et c’est tout à ton honneur, ton succès !

Et cela, chère aidante, notre équipe ne se lassera pas de te le dire : tu es FABULEUSE, vraiment ! 

Alors garde les bons réflexes : informe-toi, exprime-toi, réfugie-toi, priorise, délègues et prend du recul. Tu es fabuleuse



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Cet article a été écrit par :
Rebecca Dernelle-Fischer

Psychologue d’origine belge, Rebecca Dernelle-Fischer est installée en Allemagne avec son mari et ses trois filles. Après avoir accompagné de nombreuses personnes handicapées, Rebecca est aujourd’hui la maman adoptive de Pia, une petite fille porteuse de trisomie 21.
https://dernelle-fischer.de/

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