Dans les mails envoyés par les Fabuleuses sur notre boîte mail, beaucoup confient leur sentiment d’impuissance et son caractère très douloureux. Ce dernier engendre de la frustration, de la colère, de l’anxiété, de la tristesse et l’impression d’être dévalorisée et inutile. Certaines se sentent lâches et coupables de ne pas trouver de solution. Le désespoir peut même arriver.
Je le connais aussi.
Tu peux témoigner en me disant par exemple : je ne supporte plus de ne pas offrir à ma fille la vie que j’aurais aimé qu’elle ait.
Je me sens incapable de soulager la douleur de mon conjoint malgré tous les traitements essayés. Sa souffrance me bouleverse. Ou encore, mon père glisse dans l’oubli de son passé et de nos liens malgré toute la présence que je lui donne et les exercices de mémoire que je lui fais pratiquer. Je suis confrontée à ses limites et aux miennes.
L’impuissance est un sentiment lié à notre condition humaine.
Il est normal et nous ramène à nos limites : tu ne peux pas être dans deux endroits à la fois, tu as des capacités limitées dans certains domaines, tu ne peux résoudre le problème de la faim dans le monde, de l’écologie et tout simplement, tu es comme moi : mortelle. Avec toute la bonne volonté du monde, toute l’énergie, il y aura toujours des choses qui échapperont à ton contrôle.
Comment vivre avec cette impuissance face à ton aidé ?
Je te propose quelques pistes pour cela.
La première piste pour vivre avec ton impuissance est sans doute de rentrer dans un chemin d’acceptation.
Tu prends conscience que l’impuissance est là et que tu vas faire avec. Tu ne peux avoir une solution à tout. Tu ne peux tout régler en même temps.
Cela ne veut pas dire que tu ne vas rien faire.
Intellectuellement, c’est parfois simple à intégrer. Dans ton corps et ton ressenti, c’est souvent plus complexe. Tu as sans doute buté contre tes limites et le choc t’a fait mal. Ton corps et tes émotions crient peut-être leur douleur. Tu dois apprivoiser cela tout en continuant à te cogner sans cesse contre tes fichus limites.
Cette acceptation est plus ou moins simple à trouver en fonction de l’histoire de chacune. Certaines ont déjà douloureusement renoncé à des projets, vécu des difficultés et ont maintenant ce qu’on appelle une « impuissance acquise ». Elles ont malgré elles, appris la résignation qui contrairement à l’acceptation, nous prive de notre pouvoir d’agir avec la situation. L’impuissance face à leur aidé est pour le moment sans issue. Passer de la résignation à l’acceptation fera partie du chemin.
Pour d’autres, leur histoire leur a donné l’habitude d’avancer et de déployer leur potentiel avec des obstacles domptés par leur ténacité et leur volonté.
La découverte de l’impuissance est une douche froide, un changement radical de vison du monde et d’elles-mêmes.
Dans chaque cas, c’est un véritable deuil à opérer de nos capacités qui ne sont apparemment plus suffisantes. La révolte et les larmes font sortir la peine avant de poser le premier pas de l’acceptation.
L’entrée sur ce chemin peut être longue. Nos résistances intérieures sont parfois tenaces et il est bon d’aller à son rythme les regarder de près. On fait parfois un pas en avant puis deux pas en arrière puis trois pas en avant, un pas en arrière… Je t’invite à avoir beaucoup de bienveillance avec toi-même pour ce rythme qui est le tien.
En avouant être impuissante, nous nous retrouvons faibles et vulnérables. Comme notre aidé. Peut-être avons-nous besoin d’autocompassion pour traverser ce moment difficile, nous écouter, mettre un mot sur nos besoins, nous consoler ? Les Fabuleuses Aidantes sont là pour accompagner chaque aidante sur ce chemin.
Pour ma part, quand je peine à avancer dans l’acceptation, je réalise que je perds ma paix intérieure et que j’en veux à la terre entière. Je suis en détresse. Très souvent, c’est à ce moment-là que je peine à entrer en relation avec mon aidé. Ma détresse prend toute la place en moi et je n’arrive plus à lui apporter ma présence.
Chère Fabuleuse, ce chemin d’acceptation fera de toi une aidante plus adaptée à la réalité, plus en paix avec elle-même et plus apte à être créative pour trouver des solutions.
Accepter pas à pas tes limites permettra peut-être aussi à ton aidé de rentrer dans un chemin d’acception des siennes.
Dans la seconde piste, je t’invite pour y voir plus clair à faire l’état des lieux de tes limites.
Tu as déjà surement beaucoup donné de toi et tu as senties cette entrave à ton désir d’aider l’autre. Tu sais que si tu ne respectes pas tes limites, rapidement tu n’auras plus la capacité d’être là pour les tiens. Même avec un gros cocktail de vitamines avalé chaque matin tu n’es pas superman. Même avec toute l’amour du monde et les meilleurs médecins tu ne peux pas faire stopper certaines maladies.
Quand tu connais tes limites tu peux plus facilement trouver des solutions pour « vivre avec » et donc te ressourcer et te restaurer après l’effort. Comment peux-tu concrètement prendre des forces pour mieux prendre soin de ton aidé ?
Ma troisième piste t’invite à regarder quelle est ton attente : est-ce que ton aidé guérisse par la force de ton amour pour lui ? Que tu ne sois plus aidante ? Que ton enfant n’ait plus besoin d’aller à l’hôpital et que les médecins trouvent une solution pour le guérir ?…
La source de ta souffrance est peut-être l’attente d’une solution idéale.
Est-ce que cet idéal est un moteur pour toi ou quelque chose qui t’immobilise ? Si ton idéal n’est pas atteignable il risque de te freiner dans les possibles qui s’offrent à toi. Tu te trouves alors bloquée, avec de l’amertume, de la tristesse ou de la colère souvent génératrices de pensées toxiques et nocives.
Tu peux choisir de revisiter tes attentes. Que peux-tu faire dans tes limites pour que tes attentes soient réalisables ?
Nous ne pouvons guérir mais nous pouvons être là et accompagner.
Nous ne pouvons sauver mais nous pouvons tenir la main ou prendre des nouvelles.
Nous ne pouvons prendre la souffrance de l’autre sur nous mais nous pouvons lui communiquer la vie que nous avons en nous.
Ce sont des gestes simples, des attitudes concrètes qui disent à notre aidé « tu n’es pas seul ». Nous passons du « faire » à l’être ».
C’est le contraire de la fuite. Ton attitude dit à l’autre « je ne peux pas te décharger de ce que tu vis, je suis juste là pour que tu sentes que la vie est là ». Tu es utile.
Tu ne sais pas ce que l’autre fera de ton geste. Cela lui appartient. Tu ne possèdes pas ton aidé. Tu es sa maman, sa conjointe, sa fille. Lui seul peut porter ses émotions et sa douleur. Je peux juste être à côté : c’est une rencontre avec lui, dans une vulnérabilité réciproque, l’occasion de tisser de nouveaux liens.
Ma quatrième piste est de valoriser tes forces et celles de ton aidé. Si tu es en train de lire cet article, c’est que tu as déjà parcouru un bout de chemin : tu as pu déployer tes qualités et tes compétences. Tu as fait face à l’inconfort de beaucoup de situations. Tu as relevé des défis en te dépassant. Tu as mis en œuvre ta créativité pour trouver des solutions bénéfiques pour ton aidé.
Je t’assure que tu peux être fière de toi.
Ton aidé de son côté a ses propres ressources. Elles sont peut-être plus faibles ou différentes de celles que tu souhaiterais. Elles sont cependant là.
J’ai expérimenté cela avec ma mère en lui disant que je la trouvais courageuse dans son adaptation à ses nouvelles conditions de vie. J’ai senti combien la reconnaissance de cette qualité lui faisait du bien et en même temps fortifiait son courage.
La mise en avant des qualités est un vrai moteur pour reprendre confiance en soi.
Enfin, je t’invite chère Fabuleuse, à ne pas rester seule. Des spécialistes sont là pour prendre soin de ton aidé et lui permettre d’avance vers un mieux-être.
Avec eux, tu acceptes de ne pas avoir réponse à tout. Tu donnes aussi du temps au temps.
Tu as peut-être aussi dans ton entourage des personnes bienveillantes pour partager ce que tu vis et te sentir comprise.
Chère Fabuleuse, ton sentiment d’impuissance n’est pas là pour te dévaloriser. Il est le rappel que tu ne peux avoir réponse à tout, que tu dois donner du temps au temps. Il est aussi l’occasion d’avancer sur un chemin d’écoute de soi et de l’autre et de te rappeler que « tu n’es pas seule ». Et toi, où en es-tu sur ce chemin ?



